Après être allé voter, je suis allé faire courir la chienne. Sur le chemin du retour, mon GSM sonne (oui, mon GSM sonne, comme un bon vieux téléphone à cadran). "Brugmann a appelé, Héliette est décédée" m'annonce mon épouse.

Héliette, c'est, enfin, c'était, une de nos voisines. Une petite dame charmante, la nonantaine pimpante si vous voyez ce que je veux dire. Comme elle faisait de la macula, elle venait de temps à autre me faire remplir ses virements.

Mais brusquement, depuis notre déménagement, son état s'est dégradé assez rapidement au point qu'il a fallu avertir ses nièces (l'une habite Amboise et l'autre Bordeaux) et demander de l'assistance aux services sociaux de notre ville.

La maintenir dans son appartement devenait de plus en plus problématique malgré l'aide de quelques voisins. Pendant plusieurs semaines, mon épouse en dépit de son propre handicap (elle porte un détendeur vertébral Daum) passait la voir chaque jour dans la matinée puis dans l'après-midi.

Il y a une dizaine de jours, une  fin d'après-midi, elle l'a trouvée sur son lit, une jambe repliée sous elle, l'autre pendant hors du lit, se plaignant de fortes douleurs dans le dos. Il a fallu appeler le service d'urgence qui a décidé de l'envoyer en clinique.

J'ignorais la chose, mais ici, pour descendre un malade des étages d'un immeuble comme le nôtre si l'on ne peut le faire via l'ascenseur en l'asseyant sur une chaise, ils ont une équipe spécialisée  qui grimpe sur le toit et balance des cordes à laquelle on attache le malade allongé dans une nacelle et maintenu au moyen d'une enceinte gonflable. Un des membres de l'équipe descend en rappel pour guider l'assemblage pendant la descente. Assez spectaculaire.

C'est bien sûr mon épouse qui a accompagné l'ambulance à l'hosto, ce qui lui a valu, vu son état, de se faire hisser à côté du chauffeur aux premières loges pour admirer l'évolution du véhicule, sirène hurlante, dans la circulation de l'heure de pointe, la majeure partie du temps dans la bande réservée à la circulation en sens inverse. Elle n'est rentrée que bien après 21h.

Résultat de toute une série d'examens : cancer au cerveau très envahissant.

Depuis, elle est allée chaque jour rendre visite à cette dame, au début tout du moins, et ces derniers jours, depuis le transfert en soins palliatifs, constater l'inexorable dégradation de son état. Pendant tout ce temps, elle s'est chargée des relations avec la famille.

Tandis que je vous raconte ça, elle est repartie avec les nièces qui ont insisté pour l'avoir avec elles pour leur ultime visite à leur tante.

Commentaire des gens des urgences et de l'hôpital : "C'est rare de voir une telle entr'aide au sein d'un immeuble"

Ma femme, elle, prétend que c'est naturel.

Riche nature, non ?