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6 juin 2009

Basta pasta (ou l'inverse)

C’est le soir, la télé fonctionne.

Quel étrange pays que l’Italie où, bien qu’on vous y demande un droit d’entrée, on vous refuse cette dernière dans une église si vous avez les épaules découvertes, tandis qu’à la télévision, aucune émission ne semble pouvoir se passer de présentatrices( ?) à demi-nues.

À la télé italienne donc, parmi les innombrables spots publicitaires dont elle a le secret, je découvre une publicité inédite pour les pâtes Barilla.

J’ignore si cette firme personnalise ses pubs en fonction du pays destinataire, mais je me souviens d’avoir vu y sévir Depardieu sur les chaînes françaises.

Toujours est-il que me remémorant la perfection des pâtes que nous avions dégustées le midi même, une idée (pernicieuse sans doute) m’a traversé l’esprit :

Barilla fait de la pub, De Cecco fait des pâtes.

Finalement,  chacun fait ce qu’il sait le mieux faire.

de_cecco


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17 mai 2009

Juliette

Six heures trente. Le réveil-radio débite sa musique et ses nouvelles plus ou moins fraîches. Rien qui requière de ma part une attention soutenue. Et puis, une voix ! Ah, je reconnaîtrais entre mille ce velours très légèrement nasillard !

Ce qui m'épate, c'est ce qu'elle chante : "Né quelque part" vous savez : les trottoirs de Manille, Maxime Leforestier... non ? Pas grave.

Alors dans ma petite tête, y a la machinerie qui s'ébranle : c'est pas si ancien cette chanson, et donc la reprise doit être récente. Petite recherche sur le net : l'enregistrement date de 2006. Et la Juliette est née en 27. M'en doutais, elle faisait déjà les beaux-jours de Saint-Germain des Prés que je venais à peine de quitter mes courtes culottes. "Courtes" j'ai dit, pas "couches", d'ailleurs elles n'existaient pas encore à cette époque, les couches-culottes, vous en êtes pour votre humour à six sols huit deniers !

Soixante-dix-neuf ans (quel plaie d'écrire pour des Français, je crois que je ne vais plus écrire que pour Tilleul) et sa voix n'a pas changé. Je l'ai adorée, cette femme-chatte qui déclarait lors d'une interview : "Les scientifiques sont souvent de grands poètes".

Allez, je le dis : "Juliette, les mots ne peuvent rendre le bonheur qu'il y a à avoir été votre contemporain !"

Bon, c'est pas tout ça, j'ai quelques CD à réécouter !

À dans quinze jours ! Ciao !


juliette_greco


4 mai 2009

Arthur est mort

Je vous entends venir : "Ouais, et Camelot est en ruines !"

Mais il ne s'agit pas de cet Arthur-là, ni d'ailleurs de celui qui sévit sur les chaînes françaises (dommage diront quelques langues de vipère).

Non, il s'agit d'un de mes premiers chefs, au labo. Un cas !

CordyIl était originaire du bas-Laeken, comme Annie Cordy (Leonia Cooreman) aujourd'hui baronne. Il avait sept ans de plus qu'elle, je vous laisse vous débrouiller avec son âge à son décès (pour son âge à sa naissance, je ne vous demande rien).

Il avait conservé le truculent accent local et appelait tout un chacun "fieu" ("fils" en brusseleir), sauf sa hiérarchie, bien entendu, on ne plaisantait pas avec les marques de respect à l'époque. Quand il vous parlait de vos propres collaborateurs, il disait "vos sbires".

Il aura bien résisté, lui qui blêmissait lorsqu'il tombait sur le journal (négligemment disposé à son intention sur le coin d'une paillasse) annonçant "Nat King Cole meurt à quarante-six ans !"

Dans ses labos, il y avait une ambiance folle. Surtout quand il n'était pas là. Chez nous, les labos portaient des numéros, si bien que quand on nous demandait où nous travaillions, nous répondions "au Stalag 12". Quand un nouveau débarquait (c'était fréquent dans ces Golden Sixties) et qu'il sortait, gonflé à bloc, du bureau vitré d'Arthur, nous lui serrions la pince, l'air contrit, en murmurant "condoléances".

Les quelques années que j'ai vécues sous ses ordres ont quand-même été parmi les plus joyeuses toute de mon existence. C'est qu'à l'époque, voyez-vous, nous étions jeunes (pour certains), nous étions fous (pour tous), ça aide.

Parmi les innombrables anecdotes que son décès m'a remises en mémoire j'en ai sélectionné une, bien gentille :

Un jour notre ami Jean (celui dont je prétends régulièrement qu'il est le père de mon fils, mais ceci est une autre histoire) se paie une hépatite.

Au bout d'une quinzaine de jours, le chef se fend d'une visite à son domicile, question de  voir si ça va encore durer longtemps, imaginons-nous.

Il se pointe, sourire aux lèvres, salue femme et enfants (lesquels trouvent le gaillard charmant, "Mais qu'est-ce que tu nous racontes ? Il est très gentil ton chef !") et pérore à qui mieux mieux pendant quelque temps, buvant force café et dévorant moult biscuits (gâteaux pour les Frenchies).

Sur le point de sortir, il avise un bocal muni de son poisson rouge et déclare aux enfants : " Il est marrant votre poisson, il a un nom ?".

Le chœur des gosses : "Arthur !"


26 avril 2009

Pyramide

... ou chaîne, c'est comme vous voudrez.

Une copine de mon épouse vient d'entrer dans une de ces escroqueries vieilles comme le monde (ou, en tout cas, comme le genre humain, ou comme la monnaie disons).

euroOn lui a fait miroiter qu'avec une mise de dix mille euros, elle en récolterait à terme quatre-vingt mille, à charge pour elle de débourser la somme et de trouver "seulement" deux autres coopérateurs (en français : gogos).

On lui a expliqué ça non comme une pyramide ou une chaîne, mais comme un système à cercles concentriques avec changement de niveaux, question de mieux noyer le poisson.

Comment des gens peuvent-ils se laisser prendre à des pièges aussi grossiers ?

Que vous les recrutiez par paires ou par charrettes entières, l'évidence reste pareille : il faut avoir trouvé huit autres innocents cotiseurs pour "faire sortir" un participant avec son jack pot.

Ceci implique qu'il faudra en trouver soixante-quatre autres pour faire sortir les huit suivants et ainsi de suite.

C'est cette suite qui est intéressante :
rang 3  :  512
rang 4  :  4 096
rang 5  :  32 768
rang 6  :  262 164
rang 7 :  2 097 152

Au rang huit, nous aurons dépassé la population de mon petit pays.

Mais, dans la population de ce même pays, combien de cons (c'est pourtant pas ça qui manque chez nous, un journal satyrique français n'avait-il pas titré au décès du roi Baudouin "Le roi des cons est mort !") seront prêts à céder à l'appât du gain et à perdre dix mille euros ? Un sur mille ?

Et là, tataaam, on excède la population mondiale dont la majorité ne possède même pas quelques euros.

Remarquez que les contributeurs du dernier rang atteint ne sont, eux, jamais remboursés.

Le seul qui gagne quelque chose là-dedans, c'est l'escroc en chef, celui qui démarre la chaîne. Lui, il ne doit rien investir, il n'a qu'à se tirer avec la caisse quand les autres n'arrivent plus à trouver le moindre imbécile supplémentaire (ou au premier signe d'intérêt de la part de la police). Même s'il n'en a trouvé qu'un, il a déjà gagné dix mille euros !

Vous comprenez pourquoi c'est illégal ?

Les gogos sont convaincus du contraire : je suis la voix qui crie dans le désert !


21 avril 2009

Les petites maisons dans la prairie

Bon, et le côté positif de l'Ardenne me demanderez-vous ?

D'abord, une petite vue de la maison achetée par Agata et mon fils :

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Étant entendu que son intérêt principal réside dans le paysage s'ouvrant à l'arrière (ici en juin de l'an dernier) :

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Mais ce n'est pas à cette maison que je faisais référence dans le titre. À quelques kilomètres de là, se trouve un lieu-dit "Le fourneau Saint-Michel". On y trouve, en bon état de conservation, un haut-fourneau du 18ème siècle et il est venu à la province de Luxembourg l'idée d'y créer un musée de la vie rurale en plein air. On y a donc au fil des ans transplanté d'anciennes constructions typiques des différentes régions du sud de la Wallonie : Ardenne, Famenne, Hesbaye, Condroz...

On y trouve de tout : fermes, maisons, séchoir à tabac, bergeries, forge, granges, hangars, scierie, église, école et même un cimetière ! À l'intérieur de la plupart de ces bâtiments, on a réalisé des reconstitutions d'intérieurs et d'ateliers divers. Leur dernière reconstitution concerne la travail de la forêt : fosse de scieurs de long, hutte de bûcheron, faulde de charbonnier.

C'est passionnant, sauf que ça m'a foutu un solide coup de vieux : tous ces instruments d'un autre âge, je les ai vu utiliser dans ma jeunesse, de la faux à la charrue, en passant par les fléaux et autres râteaux à faner ! Tout cela, décidément, ne me rajeunit pas !

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Tout cela le long de la Masblette, cette charmante petite rivière dont je vous ai déjà parlé. Comment ça, non ? Mais si, ici ! Mais j'ai eu beau y retourner deux fois, la petite voiture rouge n'est pas réapparue (faut dire que mon charme a perdu beaucoup de son efficacité depuis le temps).

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Toutes ces constructions sont regroupées par régions d'origines et les zones sont séparées par des prairies où paissent des moutons d'une race rustique locale à tête brune et où s'ébattent de paisibles chevaux de race ardennaise, utilisés pour les travaux de débardage en forêt, là où les tracteurs ne peuvent accéder en raison des trop fortes pentes.

P1020481

Voilà, si vous êtes sages, je vous raconterai peut-être comment, sur la route d'Hurtebise, j'ai dégusté de la cuisine valaisane dans un resto de Saint-Hubert.


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20 avril 2009

Ardenne

Mon fils et sa compagne ont eu l'idée (saugrenue ?) d'acheter une maison dans un patelin perdu de l'Ardenne. Remarquez qu'en Ardenne, tous les patelins sont perdus. Remarquez également qu'en Belgique, on dit l'Ardenne, il n'y en avait pas assez pour qu'on puisse dire les Ardennes, comme en France. La désencyclopédie signale l'occurrence fréquente de cette différence entre le français belge et le français français et cite comme autre exemple ceci : En Belgique, on dit "aller à la toilette". En France, on dit "aller aux toilettes" (parce qu'il faut en faire plusieurs avant d'en trouver une propre).

Mais foin de ces digressions oiseuses ! Mon  fils, donc, et Agata, bien sûr, nous ont prêté leur maison ardennaise pour que nous y passions quelques jours avec nos petites-filles (leurs nièces).

Dépaysement garanti !

Pour le citadin habitué aux sols fermes en béton, le plancher qui ondule sous les pas, ça vous donne un peu l'impression d'être en bateau, d'autant que si vous jetez un œil par la fenêtre, vous n'apercevez qu'une mer verte aux vagues profondes.

Pour le citadin habitué au chauffage central, se lever dans le matin frisquet pour allumer le poêle à bois, ça vous replonge directement aux temps bénis où vous étiez boy-scout. Rien n'y manque, pas même cette tenace odeur de fumé, typique des charcuteries ardennaises.

Pour le citadin, habitué à trouver son pain à cent-cinquante mètres de sa porte, savoir que la boulangerie la plus proche se trouve à six kilomètres (et la première à vendre un pain digne de ce nom à huit), ça étonne.

Pour le citadin habitué aux allées régulières des parcs et jardins publics, patauger dans la gadoue des ornières des chemins d'exploitation forestière ça donne l'impression que la terre vous aspire, comme pour vous rappeler qu'il sera bientôt temps d'y retourner.

Pour le citadin habitué à fouler un gazon régulièrement entretenu, ne pas pouvoir prendre une photo macro sans ramener sur les avant-bras les tiques qui n'attendaient que vous, tapies au dos des herbes folles, ça angoisse avec tout ce qu'on raconte sur la maladie de Lyme.

Mais c'est bien quand-même l'Ardenne, je vous raconterai dans un autre billet. En attendant, une vue de cet endroit dont bien des blogueuses parlent : Hurtebise, à peine plus éloignée de la maison ardennaise que la boulangerie...

Hurtebise


22 mars 2009

Flics ?

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mon épouse. Pendant exactement sept mois, nous allons avoir le même âge, mais en octobre, le vingt-deux, je reprendrai l'avance.

Quelle coïncidence, me direz-vous, d'être tous deux nés un vingt-deux...

Attendez !

Un mois avant de fêter notre premier anniversaire de mariage, nous avons eu une fille, le vingt-deux janvier. Double coïncidence, vous exclamez-vous.

Minute !

Quelques mois plus tard, mon épouse est à nouveau enceinte, la naissance est annoncée pour le quinze juillet. Vous connaissez toute la finesse de mon humour, je déclare "Pas question, un vingt-deux, comme tout le monde !"

Le vingt et un juin, nous sommes invités à souper par des amis. De retour chez nous, à peine sommes-nous couchés que mon épouse s'écrie "Zut ! On est le vingt-deux !" Elle ressentait les premières contractions. Notre fils est né au petit matin.

Nous nous sommes arrêtés là, toutes les saisons étaient prises !

22


16 mars 2009

La fée clochette

tilleul2Ce n'est pas la première fois qu'en lisant les souvenirs de Tilleul une pensée aigrelette me titille. Cette charmante enfant est une dangereuse concurrente dans le coin de la blogosphère où je sévis.

La dernière fois, c'était à propos de l'écrémeuse (Vous ne trouvez pas ? Lisez tout son blog, cela ne peut vous faire que le plus grand bien). J'avais l'intention de vous parler de cet engin et... elle me coiffe au poteau !

Par chance, elle avait oublié la clochette et j'ai pu la lui rappeler. Maigre consolation. Je pense d'ailleurs qu'elle l'avait effacée de sa mémoire parce que, comme elle le mentionne dans son commentaire, le tintement de cette clochette marquait l'heure de son réveil !

ecremeuse2Certain(e)s ne manqueront pas de maudire, in petto, leur peu de connaissance de la vie agricole et se demanderont à quoi rime cette histoire de sonnette.  Voici.

À l'époque qu'évoquait cette chère Tilleul, les écrémeuses, utilisées pour séparer par centrifugation la crème du lait, étaient actionnées à la main. Le rendement de la séparation était optimal pour une certaine vitesse de rotation de l'instrument. À cette époque, toujours, les systèmes de régulation de vitesse étaient rudimentaires.

Le rotor de la centrifugeuse était donc équipé d'une masselotte pendant au bout d'un petit bras  articulé. Lorsque la vitesse de rotation du rotor augmentait, la masselotte s'écartait un peu plus, jusqu'à venir frapper une petite clochette. Il fallait alors maintenir la vitesse acquise et l'on entendait le tintement régulier de la clochette à chaque tour du rotor.

Mais revenons à l'auteure et à son doux pseudonyme. Je lisais, sur un blog, ce petit texte sur l'usage des fleurs de tilleul :

tilleul"La fleur de Tilleul est la panacée des fatigues nerveuses, elle calme, détend, repose, facilite le sommeil sans risque d'accoutumance. [...] c'est la plante idéale en cas de refroidissement, qui calme douleurs, migraines et courbatures diverses. Digestif, son emploi régulier est utile contre l'artériosclérose. Les bains de Tilleul calment les enfants les plus nerveux ; l'eau de beauté de Tilleul est utilisée comme adoucissant pour le visage, elle élimine les impuretés, les dartres, détend les traits, elle est recommandée en compresses sur les brûlures et les ulcères."

Lisez son blog ou retrouvez-la sur Samedidéfi, vous verrez, c'est tout elle cette description : toute en douceur.

"L'eau de beauté de Tilleul !" Quelle merveilleuse expression, j'en prendrais bien un bain, moi, de son eau de jouvence...


24 février 2009

À la demande générale... de Teb

Pour la gouverne de Teb qui s'inquiétait de la chose, la petite nappe sous l'alimentation dans la photo du message d'hier a été réalisée par mon épouse alors qu'elle était encore à l'école (c'est vous dire si c'est neuf).

Elle (Teb) m'avait pris au sérieux lorsque je lui parlais de mon travail au point de croix. Chose promise, chose due, je lui montre l'abécédaire que j'avais commencé il y a bien longtemps et qui est suspendu à la lettre Q.

Croix_01

Et quelques vues rapprochées ?

Croix_02

Croix_03

Croix_04


25 janvier 2009

Santé, Émile !

vandervelde

Sur la photo qui trônait, bien en évidence, au-dessus de la cheminée, chez mes grands-parents maternels, Émile Vandervelde était un peu plus âgé que sur celle-ci.

Dans ce logis d'ouvrier carrier, socialiste convaincu, son portrait tenait lieu de crucifix.

Ce gaillard à l'énorme carrière politique, président de la Seconde Internationale, est resté célèbre dans mon pays, bien longtemps après sa mort, pour avoir fait voter une loi que l'on désigna par son nom.

Cette loi avait pour but de combattre l'alcoolisme en interdisant la vente d'alcools forts (plus de 18°) dans les débits de boisson ainsi que la vente en magasin de ces mêmes produits en quantité inférieure à deux litres.

Votée en 1919, elle contribua fortement à enrayer ce véritable fléau (aidée, il faut le dire, par les Allemands qui avaient durant la grande guerre démantelé la majorité des distilleries pour récupérer le cuivre de leurs alambics).

Cette loi, tombée en désuétude — elle n'avait dû son efficacité qu'aux salaires de misère de l'époque de sa promulgation —, ne fut abrogée qu'en 1983. Aucun magasin ne l'appliquait plus depuis longtemps, sauf une chaîne d'obédience néerlandaise pour qui la loi était la loi. Ce qui valait à ses clients, dont j'étais, d'avoir les bars privés les mieux fournis du royaume.


18 janvier 2009

Rutebeuf

Régulièrement je me surprends, comme ce matin encore, à fredonner cette chanson adaptée par Ferré d'après Rutebeuf :

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Je vous livre un extrait (à peu près équivalent) de la complainte originale :

rutebeuf1

Li mal ne sevent seul venir;
Tout ce m'estoit a avenir,
S'est avenu.
Que sont mi ami devenu
Que j'avoie si pres tenu
Et tant amé ?
Je cuit qu'il sont trop cler semé;
Il ne furent pas bien femé,
Si ont failli.
Itel ami m'ont mal bailli,
C'onques, tant com Diex m'assailli
En maint costé,
N'en vi un seul en mon osté.
Je cuit li vens les a osté,
L'amor est morte.
Ce sont ami que vens enporte,
Et il ventoit devant ma porte
Ses enporta.
C'onques nus ne m'en conforta
Ne du sien riens ne m'aporta.
Ice m'aprent
Qui auques a, privé le prent;
Més cil trop a tart se repent
Qui trop a mis
De son avoir pour fere amis,
Qu'il nes trueve entiers ne demis
A lui secorre.
Or lerai donc fortune corre
Si entendrai a moi rescorre
Si jel puis fere.

J'admire que nous puissions entendre encore, avec difficulté certes, cette langue du treizième siècle, plus proche de nos patois que de notre langue officielle. À Mons, on dit toujours "il ètoit" pour "il était" et dans presque toute la Wallonie, on dit "costè" ou "costé" pour "côté".

Mais mon propos n'était pas là, cette digression ne m'est venue qu'en promenant à travers le Web ma curiosité de vieil enfant.

Revenons donc à la chanson :

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
[...]
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Chaque fois que je l'entends ou qu'elle me vient à l'esprit par un mécanisme aussi obscur qu'impénétrable, une affreuse crainte m'envahit. Oh ! Pas qu'un jour mes amis m'abandonnent. C'est, hélas, dans l'ordre des choses.

Ce que je crains par dessus tout, c'est d'être un jour, moi-même, un de  ces amis qu'emporte le vent.


14 janvier 2009

Allons en France

Ce matin, nous dit le moniteur, nous allons en France !

C'était mon premier séjour dans cette colonie de vacances organisée par la société où travaillait mon père. J'étais dans la section des benjamins, celle que les moniteurs — tous des routiers d'une grosse unité scoute catholique de Charleroi (Albert 1er) — avaient organisée comme une Meute.

On nous rassemble donc dans la cour. Dans ma candeur naïve, je m'attendais à sortir par la porte côté rue et à monter dans un car ou à prendre à pied le chemin  pour une excursion vers la France. J'étais tout excité : jamais je n'avais quitté la Belgique.

Voilà-t-y pas qu'au lieu de cela, nous nous dirigeons vers le fond de la cour et pénétrons dans l'immense prairie en pente qui nous servait de terrain de jeu et où je ferai, quelques années plus tard, ma première triangulation.

Nous suivons la pente, traversons tout le pré et franchissons la clôture aux fils de fer barbelés, nous traversons un bosquet d'aulnes et arrivons à une rivière : "L'Eau Noire". Elle ne payait pas de mine, mais nous avons malgré tout dû nous déchausser pour la franchir.

De l'autre côté, nous nous installons sur le tronc d'un épicéa solitaire culbuté par le vent, sa rosace de racines superficielles dressée à la verticale. Tandis que nous remettons nos chaussures, le moniteur s'exclame : voilà, nous sommes en France !

Merde ! Heureusement qu'il l'avait dit, je n'aurais rien remarqué ! Et vous savez quoi ? La France, c'était tout pareil à la Belgique : même paysage, pas même un parfum particulier. J'aurais cru que ça sentait la liberté, l'égalité, la fraternité même ! Rien, des prés et plus loin de rares champs.

Le temps d'aller, en haut du versant, jeter un œil dans un petit fortin abandonné, sombre abri de béton où la voix résonne étrangement et nous avons pris le chemin du retour.

Quelques jours plus tard, nous irons à Rocroi. Là, je comprendrai que la France, ce n'est quand même pas tout à fait la Belgique.

Aujourd'hui, sur Google Earth, je suis allé voir le village. La définition est beaucoup moins bonne que pour mon domicile. Mais on repère facilement l'endroit. L'ancien couvent, transformé en collège puis en centre de vacances est toujours là. La frontière, en jaune, suit le cours de l'Eau Noire

Sur la vue satellite, le marronnier — devant lequel, chaque matin ensoleillé, j'allais, assis dans une petite dépression du terrain, chauffer aux rayons du soleil montant un dos rachitique — couvre de son imposante couronne l'entièreté de la cour et cache même une partie du bâtiment. Il se situe sous le "C" de Petite-Chapelle, puisque tel est le nom de ce charmant village où, sans être inscrit dans aucun mouvement, j'ai pratiqué le scoutisme, deux semaines par an, pendant des années.

Petite_Chapelle


9 janvier 2009

Greta

Lundi, mon épouse et moi assistions à un office de funérailles en l'église de Bertem. C'est une dame qui conduisait la cérémonie, une diaconesse sans doute. Le rite était destiné à la maman de mon dernier supérieur hiérarchique (du moins en ce qui concerne le volet technique de mon travail). Je me suis dit que c'était peut-être l'occasion de vous en parler. Mais non, pas de mon travail, de mon chef !

Elle s'appelle Greta, c'est une ravissante (entendez par là qu'elle me ravit, moi en tout cas) petite Flamande. Elle possède une voix légèrement rauque et parle français avec un délicieux accent. Elle est dotée d'une intelligence brillante et est d'une extrème gentillesse. Elle a pourtant du caractère et, la première fois que je l'ai vue s'emporter, j'ai été sidéré, tellement je m'attendais peu à une telle réaction de sa part.

Nous nous pratiquons depuis bientôt vingt ans et sommes devenus les meilleurs amis du monde. Elle a, à mes yeux en tout cas, une étonnante caractéristique : plus je la vois évoluer en âge, plus je lui trouve de charme. Bien sûr, quand je le lui dis, elle rit.

Il y a quelques années de cela, je me trouvais dans son bureau et suite à je ne sais quelles circonstances, elle en vient à me dire en se frappant les hanches : "Regarde, je suis trop grosse !" Et moi de lui répondre : "Chef, seule votre connaissance imparfaite de la langue française peut vous faire déclarer cela, vous n'êtes pas grosse, vous êtes somptueuse". Elle s'est précipitée sur son Robert et Van Dale.

Un autre jour, dans le labo de mon amie Jaja (mais non, pas Janeczka, cette Jaja-ci), quelques unes de ces dames s'extasiaient devant le charme d'un nouvel engagé (je tairai son nom pour ne pas le faire rougir, je dirai seulement qu'aujourd'hui, il joue les experts en criminalistique) lorsque Greta déclara "Moi, je préfère les hommes mûrs".

Mais non, je ne me suis pas redressé en rentrant le ventre, je ne me suis pas senti concerné : elle n'avait pas dit "blets", non plus !

Greta1Greta3Greta4


 

27 décembre 2008

JdJ 16

Depuis ma dernière intervention dans cette catégorie, j'ai négligé de vous parler des livres que j'avais lu, de crainte de vous lasser, ou de sembler "faire mon intéressant" (à Bruxelles, on dit "faire de son Jan"). Mais lorsque j'ai déballé ce cadeau de Noël et que j'ai lu le titre de la collection, le lien avec un des derniers billets de Papistache m'a décidé à vous signaler au moins celui-là :

Imaginaire001

Et voici l'extrait traditionnel :

Après, il se verse un verre et se rince la bouche.
Alors, je vois Ernesto descendre par l'escalier. Je le croyais encore dans les collines : je me dispose à monter aussi, mais Ernesto me retient : "Attendez, il est en train de lui donner l'onction."

Pour une fois, je ne mentirai pas en parlant de "sombre histoire". Même si elle se passe sous le soleil écrasant de la campagne italienne.


18 décembre 2008

Et tu retourneras poussière

Hier, je suis allé contempler les cendres du premier homme : il s'appelait Adam, Guy Adam. Nous, nous l'appelions Loup.

Lorsque je suis devenu Chef d'Unité, il était déjà là, Chef de Troupe chez les éclaireurs et avait derrière lui un passé de plus de vingt ans dans le mouvement. Si je n'avais pas su qu'à l'époque l'âge d'entrée était de minimum sept ans, j'aurais pu penser qu'il était né dedans ! Quand j'ai quitté l'Unité au bout de sept ans, il y était toujours : il ne vivait que pour ça...

D'ailleurs, dès qu'il s'est arrêté, il s'est payé un cancer.

Durant sa maladie, je ne l'ai rencontré qu'à deux occasions : deux fêtes d'anniversaire, les cinquante ans de Vari et ses soixante à lui, il y a quelques mois. Pas un mot sur son état, toujours le même humour grinçant des enfants de Bruxelles et dans ses yeux, le bonheur de se retrouver parmi ceux pour qui il avait vécu, ceux qui, au bout du compte, étaient sa seule famille.

Il était fils unique, célibataire, sa mère, veuve, était décédée. Si bien que tout au long de sa maladie, ce sont ses anciens comparses qui se sont chargés de l'accompagner. La veille de son décès, il les a réunis pour une dernière petite rencontre... au Champagne.

Au cimetière, devant ses cendres répandues, nous avons chanté sa chanson favorite : "L'olivier de la colline". Comme il n'était plus là, sauf dans le cœur de chacun, ça sonnait déjà moins faux...


Loup

L'animal en question,
en petit pope crasseux improvisé,
lors d'une veillée à thème à Opont,
il y a bien longtemps !


14 décembre 2008

Madame Chérie

Vous avez déjà essayé de remonter le fil de vos pensées ? Ça m'est encore arrivé ce matin. Je me suis trouvé rêvant à Madame Chérie, mais je n'ai pas réussi à comprendre comment j'y étais arrivé. Pourtant j'étais certain d'y être  parvenu au bout d'une chaîne de pensées logique.

Ah, les effets de l'âge ! Avant, je jouais à ce petit jeu et j'y réussissais régulièrement. Vous, bien entendu, vous vous souciez autant de ce jeu que de ma première culotte (je n'oserais évoquer la vôtre). Ce qui vous chatouille, c'est : mais de qui parle-t-il donc ?

Je vais tout vous dire...

Elle était sensiblement plus âgée que mes parents. Elle était toujours tirée à quatre épingles, maquillée avec soin et délicatement parfumée. C'était la fille de mon quatrième grand-père. Vous tiquez ? Je vous explique. J'ai eu quatre grands-pères :

  1. Le père de mon père, mort lors de la première guerre et dont j'ignore même le prénom
  2. Bon-papa Guèw (guimbarde, dans son patois) le père de ma mère
  3. Parrain Adolphe, le successeur du numéro 1 qui n'était d'ailleurs le parrain que de mon frère
  4. Bon-papa Joseph, le père de Madame Chérie

Ch_rieÀ l'âge que j'avais sur cette photo, mon père s'est payé la scarlatine. À cette époque, c'était une maladie grave. Pour m'éviter la contagion, les voisins proposèrent de me garder chez eux les quelques semaines que prendraient la guérison et la convalescence de mon père.

C'était très drôle, je vivais chez eux et une fois par jour, on me montrait à mes parents par-dessus le mur séparant les jardins.

Entre-temps,  je régnais  en maître sur la maison voisine et le cœur de ses habitants.

Bon-papa Joseph m'entraînait à enfoncer des clous dans une planche. N'étant pas très adroit, je les tordais régulièrement et il appelait ces clous tordus des "chalés Batisse" (en patois local, bien qu'il fût flamand, des Baptiste tordus ou, plus précisément, boiteux). Moi ça me faisait rire et je m'efforçais de les faire aussi tordus que possible.

Il élevait quelques moutons et m'installait parfois sur le dos d'une brebis que maman Joséphine, son épouse, avait dûment shampooinée au préalable !

Tandis que mes parents étaient au désespoir de ne m'apercevoir que quelques instants par jour, la fille de Joseph, Madame Chérie donc, était aux anges.

Elle ne pouvait avoir d'enfant et m'avait à elle toute la journée. Toute la journée parce que, déjà quand j'étais tout bébé, elle m'empruntait à mes parents pour aller attendre fièrement son mari à la sortie de son travail et se faire complimenter pour ce gentil poupon dont elle se gardait bien de dire qu'il n'était pas le sien.

J'ai cessé de la voir lorsque je suis allé rejoindre Maria. Nous n'avons plus, alors, échangé que quelques lettres. Un jour pourtant, étant caserné à Bruxelles où elle avait déménagé au décès de son mari, ayant, tout comme ce matin, subitement pensé à elle , je suis allé sonner à sa porte.

Un moment j'ai craint d'avoir à regretter ce geste. Il y avait bientôt quinze ans que nous ne nous étions vus et j'ai cru qu'elle allait mourir sous mes yeux tant elle était émue. Elle s'est un peu calmée, m'a fait entrer dans son appartement et nous nous sommes parlé, quelques heures. Durant tout ce temps, elle me couvait du regard.

Et quel regard ! Bien peu de femmes, hélas, m'ont regardé ainsi...


26 novembre 2008

Cendrillon

Mise à jour de ce blog en provenance des défis du samedi. Mes excuses à ceux pour qui c'est une redite, c'est qu'il me faut regrouper dans cette catégorie les contes que je revisite à la demande de Papistache.


La Cenerentola

Lorsque Cendrillon se jeta dans son carrosse, elle était au comble de l‘exaltation.
C’est non sans peine qu’elle avait réussi à se faire inviter à ce bal que le Prince donnait pour fêter Halloween.
Tout avait fonctionné à merveille. Son escarpin bien en vue au milieu de la volée de marches allait permettre à ce nigaud de la retrouver.
Elle l’avait bien embobiné ! Qui pourrait résister à la beauté du diable ?
Elle l’épouserait, deviendrait la maîtresse de ce royaume paisible et immensément riche qu’elle utiliserait comme point de départ pour sa conquête du monde.
Toute la soirée elle s‘était montrée brillante, étincelante même, son maître n’était-il pas l’ange porteur de la lumière ?
Bien sûr, au fond d’elle-même elle savait qu’elle n’était qu'artifices, poudre aux yeux, mais qui veut la fin…
Ce qu’elle ignorait, c’est que même la magie noire a ses faces obscures. Lorsqu’au dernier coup de minuit le carrosse redevint citrouille, la partie cachée du contrat se réalisa : elle resta enfermée dans le fruit. On n‘emprunte pas sans risques aux forces diaboliques.
Voici pourquoi, en mémoire d’elle, à Halloween, on allume une bougie au cœur d’une citrouille.
Tu parles d’une lumière !

Citrouille


29 novembre 2008

La vengeance de la petite sirène

Mise à jour de ce blog en provenance des défis du samedi : aujourd'hui, la petite sirène. Mes excuses à ceux pour qui c'est une redite.

Sous le regard du phare

Phare

Chère Imogène,


J'ai assisté à un fait stupéfiant.

Il me faut le raconter à quelqu'un, mais ici, en Bretagne pourtant, personne ne m'écoutera. On me prendra plutôt pour un fou. Mais toi, splendide fille de Perth, ce pays où il y a plus de fantômes que d'habitants, je sais que tu me croiras.

Te souvient-il de cette baie tranquille, au pied du phare, dont nous longions les bords, main dans la main, dans un silence tendrement complice ? Cela fait plusieurs jours que j'y voyais ce Danois taciturne habitant la cabane de pêcheur, quitter l'embarcadère, se rendre au milieu de la baie, se pencher sur l'eau et en scruter la surface, comme s'il cherchait à y découvrir quelque-chose.

Il n'y a là, me diras-tu, rien de bien étonnant, hormis la répétition régulière de la chose. Au bout de quelques jours, ce qui n'était pour moi qu'une simple observation, se transforma progressivement en question lancinante : que pouvait-il chercher si obstinément ?

Hier, j'ai entamé ma promenade bien avant la marée et me suis dissimulé derrière des touffes de séneçon.

À mer étale, le Danois, comme chaque jour, s'est penché vers les eaux et, me croiras-tu ? Une merveilleuse nageuse, aussi blonde que tu es rousse, a émergé de l'eau. Elle a tendu le bras, faisant jaillir de l'onde une poitrine dont seule la tienne pourrait égaler la splendeur. Hans s'est penché d'avantage et... ils se sont enlacés et embrassés, très longuement...

Brusquement, la fille a replongé sous la mer, entraînant le Danois, tout occupé à son baiser. Un simple remous, et il ne restait que le youyou, se balançant mollement sur l'eau.

Au moment précis où l'étrange couple disparaissait, il m'a semblé voir poindre, un bref instant, l'extrémité d'une nageoire.

Je me demande si le corps de Hans va réapparaître et aider, comme tant d'autres avant lui, à la réputation de cette "Baie des Trépassés".

J'embrasse tes lèvres de velours et rêve de me perdre, moi aussi, dans l'océan de ton amour, ma sirène écossaise...


28 novembre 2008

Willy

Aaah ! Ainsi, vous pensiez que je ne parlais que de filles ou de femmes... encore une fois tout faux !

Quand notre fils est né (et pas "aîné", c'est  le plus jeune de nos enfants), nous l'avons appelé Yves. Aujourd'hui, nous restons les seuls à ne pas l'appeler Willy. Et encore, uniquement quand nous nous adressons à lui, pas quand nous en parlons à d'autres, sinon, ils ne savent pas de qui il s'agit.

Et ça date de loin : dans sa classe du secondaire, les élèves s'étaient donné entre eux des surnoms plus ou moins liés à leurs patronymes. J'ai donc vécu entouré de Piwi, Goosy et autre Viche (tout ceci phonétique, œuf corse).

Il y aurait beaucoup à raconter sur Willy,  ça viendra peut-être au gré des circonstances, mais aujourd'hui, je vais me contenter du fait par lequel l'idée m'est venue de vous en parler.

Dans ma voiture, hier, l'animatrice d'une émission annonçait les sujets des prochains jours et parmi eux : Facebook. Et c'est là que ça a fait "tilt !" : s'il existe un gars qui avait bien compris la notion de réseau d'amis vingt ans avant Facebook et qui, par conséquent, n'a rien à cirer de cette application, c'est bien Willy.

Déjà à l'athénée, il réussissait à cumuler dans l'année presqu'autant de fêtes d'anniversaires que de jours, alors qu'il ne se trouvait qu'une vingtaine de gusses dans sa classe.

Et ça n'a fait qu'embellir. Il a, comme sa mère, le contact social aisé et vit donc entouré d'une foule d'individus des plus divers, du dentiste au clochard en passant par une diplomate de l' UE.

Comme, exactement comme dans Facebook, les amis de ses amis sont aussi ses amis, il en a partout dans le monde, de Montpellier à Dakar et de Castiglione del Lago à Pondichéry. Pratique quand on veut voyager : quand il ne loge pas chez eux, ce sont eux qui logent chez lui.

Mais, comment s'y prend-il, me direz-vous ? Vous allez comprendre :

 

Willy1

 

Willy2

 


1 novembre 2008

Agata

Je vous vois venir, vous vous attendez à une nouvelle histoire d'amours enfantines. Tout faux vous avez !

Hier , nous avions un petit souper (dîner pour les Frenchies), histoire de fêter dignement mon anniversaire et celui de Borys, le fils de la compagne du mien (vous suivez toujours ?). Nous étions dix et mon épouse nous a, comme à chaque fois, fait la brillante démonstration de ses inestimables talents culinaires.

Dans la conversation (nous parlions du coup de patte de Vidalinda), ma quasi-bru glisse : "Vous vous faites rare sur votre blog !"

Je me défends mollement, arguant de ma participation aux défis, de l'inconfort dû au froid, des congés des filles, mais je sens que je ne la convaincs guère. Ses désirs étant des ordres, je m'y colle. Je vais vous parler d'elle, ça lui apprendra !

Riche nature, elle est d'origine polonaise, parle plusieurs langues, a un don de répartie extraordinaire, s'enflamme pour les bonnes causes, est une excellente fourchette, est d'un commerce des plus agréable, supporte mon fils et même, le rend heureux, c'est vous dire !

J'ai raconté ailleurs notre première rencontre.

Quelque temps après celle-ci, j'avais emmené toute la famille au restaurant. C'était, cette fois-là aussi, à l'occasion de mon anniversaire. Comme nous étions neuf, on nous installe à une grande table ronde (si j'avais su, j'aurais mis mon armure, nom d'un Graal !).

Au moment de nous asseoir, mon regard croise celui d'Agata, là-bas, à l'autre extrémité du diamètre. Je lui souris, elle me rend mon sourire, une étincelle fugace s'allume dans ses yeux. J'ai cru lire, mais je suis peut-être présomptueux, complices, pour la vie si ça se trouve, enfin, le peu qui m'en reste...

Cela fait deux ans maintenant et rien ne laisse entendre que j'aurais mal lu. Pourvu que ça dure, encore un peu...

Agata4


26 octobre 2008

Benêt basque

Il y a de cela quelques années, en sortant d'un restaurant où nous avions avec mon épouse (qui d'autre ?) fêté notre anniversaire de mariage, je me sentais patraque.

Comme cela ne semblait pas s'arranger et que les symptômes ne laissaient pas d'être inquiétants, je me décide le lendemain à appeler notre médecin(e) de famille qui, jusqu'alors, était surtout celui de ma moitié.

Son répondeur me signale son absence et me prie d'aller me faire voir (je veux dire "examiner", vous l'aurez compris) par son remplaçant, le docteur *****ghli.

Je me rends donc à la consultation de son honoré confrère et là, je tombe nez-à-nez (enfin, presque, car elle était sensiblement plus petite que moi) avec une jeune dame des plus charmantes. Mignonne comme un cœur, la trentaine resplendissante, le cheveu et l'œil noirs, la peau dorée, vêtements de classe, chaussures raffinées, politesse exquise, voix de velours. J'arrête, on n'est pas au défi du samedi !

Je passe sur le contenu de la consultation lequel, malgré tout l'intérêt que vous voulez bien me porter, ne pourrait que vous lasser. Tandis que je rajuste mon pantalon (elle m'avait fait une piqûre dans le haut du muscle fessier droit) je lui déclare, non point ma flamme, ce n'est plus de mon âge, mais :

-  Votre nom a une bien étrange consonance, seriez vous d'origine basque ? Il y a beaucoup de noms en "gli" dans cette région.

-  Non, me dit-elle, c'est un nom berbère.

Outre l'air con, me vient l'image d'un restaurant aujourd'hui disparu, au Crotoy, face à la statue de Jeanne d'Arc. Il était orné d'une enseigne gigantesque "La reine berbère".

Je n'aurais pas mieux dit !

Berb_re


5 octobre 2008

Tag à tag à tag

Val m'a fait l'honneur (et le bonheur) de me citer dans le top sept de ses blogs favoris. Suite à quoi, je suis gentiment prié de poursuivre le jeu. Je m'exécute donc, mais ne veux imposer à aucune des personnes que je citerai d'avoir à le faire elles aussi. Val ayant négligé de reproduire le règlement, je suis allé le pêcher chez celle qui l'avait taguée : Liliba.

Love


Les règles du jeu sont simples. Il suffit :

- de mettre le logo et les règles sur votre blog.
- de mettre le lien de la personne qui vous a attribué ce prix.
- de désigner 7 de vos blogs préférés.
- de les prévenir que vous leur avez attribué ce prix !

Allons-y ! Vous qui fréquentez les blogs n'êtes pas sans avoir remarqué que, très souvent, des groupes se forment et que, comme dit si bien Papistache, le serpent se mord la queue. Ceci pour expliquer que plusieurs de mes choix recouperont ceux de Val.

En premier lieu, je citerai moi aussi les Papistacheries. Ce me sera l'occasion de m'excuser auprès de son auteur aussi étonnant que prolifique. C'est qu'en débarquant sur son blog par la grâce des commentaires, je suis venu détruire l'harmonieuse composition de son lectorat jusqu'alors exclusivement féminin, le chançard.

En deuxième lieu, Mon p'tit bordel quotidien, le blog d'une dessinatrice suisse. Quelle maîtrise dans le dessin !  Economie de moyens mais quelle vérité dans  les expressions des personnages, du grand art ! Je paierais pour la lire et radin comme je suis, c'est vous dire si elle m'impressionne. Sur mon blog, j'ai intitulé le lien pointant vers le sien "Hergé, en mieux".

Pour mon troisième, j'en citerai à nouveau un de la sélection de Val : Un jour et pas l'autre de Tilu. Pour les commentaires, voyez Val, elle explique tout très bien !

Quatrième position : Rencontres insolites. Après une longue interruption, ça a repris : l'imagination au pouvoir !

Cinquième : Le célibat ne passera pas par moi, le blog d'Anaïs Valente, la prolixe namuroise. Son côté "pipole" et sa chasse aux voix m'énervent parfois un peu, mais je lui pardonne tout. Quel débit !

Sixième : Joe Krapov partage ses images. Plus prolixe encore qu'Anaïs, capable de vous pondre un roman-feuilleton palpitant sur n'importe quel sujet. Je vous recommande tout particulièrement son "L'Odyssée pour les nuls". Du petit-lait !

Pour mon dernier coup de coeur, je vais choisir une débutante (dans le monde des blogs) : Le blog de Tilleul. J'aime la simplicité de ton de ce blog très prometteur.

Bien, il me reste à m'excuser auprès de la trentaine d'autres blogs que je visite chaque jour et qui, eux aussi m'enchantent. La plupart le savent, je le leur dis régulièrement. Mais, que voulez-vous, il faut bien faire un choix !

Longue vie aux blogs et aux blogueurs !


25 septembre 2008

Illumination

Je lisais ce matin sur Dautenbon un éloge de la feuille blanche. Cela commençait ainsi, pour la suite,  suivez  le lien :

"Si j'aime écrire, c'est que la page blanche est le plus fabuleux espace de liberté qui soit : en pliant, tordant et assemblant les mots et les phrases, on peut faire à peu près n'importe quoi."

À ces mots, le Walrus ne se sent pas de joie !

morse2

Car il vient, en un éblouissant éclair de lucidité, de comprendre la motivation profonde des forçats du blog, des forcenés de l'écriture, des chatouillés de la plume, des obsédés du stylographe ou du clavier. Cette motivation, c'est le perfectionnisme !

La page blanche est pure potentialité. C'est le chef d'œuvre absolu en devenir. On comprend qu'elle file le vertige !

Le pauvre scribouilleur aura beau y mettre tout son art, toute son imagination, tous ses soins, tout son amour, le produit final ne parviendra jamais à égaler ce dont il avait rêvé. Le travail le plus accompli ne comblera pas l'infini potentiel contenu dans la page blanche.

Et il s'y remet, sans fin, obstiné jusqu'à l'épuisement, insatiable pourchasseur de chimère.

Et le lecteur assiste, enchanté, à ce combat perdu d'avance...


21 septembre 2008

Maria

À l'époque où il nous fallut quitter la région de Charleroi, mon père, avant de décider s'il accepterait ou non sa mutation, fut invité à visiter son futur site de travail et de résidence.

Un dimanche, toute la famille s'embarqua dans un de ces trains chers à Tilu : brinqueballant et crachant vapeur et escarbilles.

Après avoir visité notre future demeure, mon père accompagna l'homme dont il allait devenir l'adjoint visiter la centrale thermique où ils allaient oeuvrer de concert à l'entretien du réseau électrique.

Ma mère et moi, pendant ce temps, fûmes invités par l'épouse de ce gaillard à venir prendre un café dans la maison voisine. La vie sociale wallonne de l'époque reposait essentiellement sur la dégustation de ce breuvage.

Voici donc ma mère et sa future voisine embarquées dans une longue conversation. Moi, je me tenais bien sagement sur ma chaise. Je dois avouer que cette timidité maladive dont j'ai déjà fait mention ailleurs concourait beaucoup à faire de moi un enfant d'une sagesse exemplaire.

J'étais donc sagement assis. Sur le mur me faisant face, deux photographies manifestement réalisées en studio. C'étaient les portraits en pied et quasiment grandeur nature de deux enfants. Un garçon en tenue de communiant et une petite fille aux longs cheveux bruns. Le garçon me laissait de glace (j'appris par la suite qu'il s'était noyé peu après la prise de la photo), mais la petite fille me fascinait. Je n'avais jamais vu de cheveux d'une telle longueur et, pour peu, j'aurais cherché des yeux les ailes de cet ange tombé du ciel.

CarrollJ'étais bien trop jeune  pour avoir déjà vu des photos de Lewis Carroll, sinon, la ressemblance m'aurait immédiatement frappé.

Au bout d'un très long temps de contemplation, je n'y tins plus et, moi dont les seuls mots jusqu'alors avaient été "Bonjour, Madame...", je surmontai ma crainte des inconnus pour risquer un faible "Qui est la petite fille ? Où est-elle ?"

Grâce à ce long discours qui m'avait tant coûté, j'appris qu'elle s'appelait Maria mais que pour l'heure, elle séjournait en Flandre.

Sur ce, les maris furent de retour et le maître de maison nous montra un magnétophone, le premier que j'aie jamais vu !  Ce devait être un des premiers modèles grand public. Il était baptisé Sonofil et enregistrait le son sur un fil métallique. Je pus donc pour la première fois de mon existence entendre ma propre voix : un souffle à peine audible.

Rentré chez moi, je repensais à cette voix fluette et surtout au portrait sépia de la petite fille. Mon premier enregistrement vocal et ma première rencontre, virtuelle, avec Maria. Quelle journée !


16 septembre 2008

Alfalfa

Dans le monde des blogs, il y a un petit truc qui m'épate : c'est le nombre de fois où des auteurs de commentaires demandent au blogueur ou à d'autres commentateurs la signification d'un mot. À croire qu'ils ne possèdent qu'une connection à usage restreint à l'exploration des blogs !

N'étant pas un puits de science, il m'arrive, plus souvent qu'à mon tour, de tomber sur l'un ou l'autre terme dont j'ignore la signification. Mais avant de faire mention de mon ignorance crasse, j'effectue d'abord une petite recherche sur le Net. Et ce n'est qu'en désespoir de cause que je fais appel à celui qui, l'ayant utilisé, m'a plongé dans des abîmes d'interrogation.

Exemple tout à l'heure : sur son blog Iowagirl nous parle d'alfalfa. Un commentateur s'inquiète de la nature de la chose. Certes un autre lui en a donné la signification mais, à mon humble avis, il aurait été plus rapidement et complètement renseigné en utilisant un moteur de recherche (fût-il Google). Il ne m'a pas fallu plus de trente secondes pour découvrir qu'il s'agissait de... luzerne !

Luzerne

Luzerne dont les graines germées, au vu du nombre de fois où j'en découvre dans mon assiette, sont apparemment indispensables à la grande majorité des restaurateurs.

J'aime pas les germes de luzerne ! Je déteste les germes de luzerne ! J'exècre les germes de luzerne ! Je hais les germes de luzerne ! Je vomis les germes de luzerne !

Non, mais !


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