Sur les ondes de Musiq3 (la chaîne de musique "classique" de la Radio Télévision Belge Francophone, ne confondez pas avec Classic 21 réservée à la musique pop/rock que mon épouse écoute dans la cuisine) que j'écoute presque chaque jour dans la voiture en allant faire courir le chien qui est une chienne, une dénommée Alfonza Salamone (celle-là même à qui j'avais envoyé un mail discret pour lui signaler un malheureux lapsus qui lui avait échappé et fait ranger les saxophones dans la famille des cuivres) pose chaque matin aux auditeurs de son émission (L'Odyssée) une question leur demandant de lui faire savoir, via Whatsapp ou Facebook, quelle musique, à leur avis, collerait au mieux à une circonstance donnée.
Il y a quelques jours, la question était "Quelle musique voudriez-vous voir jouer à l'occasion de vos funérailles ?"
Déjà, à mes funérailles, j'entendrai pas la musique, alors, vous pensez si je m'en tape de sa question...
Très bonne question néanmoins qui m'a fait réfléchir à ma relation avec la musique et essayer de remonter l'évolution de mes goûts musicaux.
Jusque dans les années cinquante, j'entendais, plus que je n'écoutais, sauf lors des émissions pour la jeunesse, les programmes radio choisis par mes parents : ma mère adorait le "bel canto", mon père écoutait les résultats sportifs (il notait en petits chiffres très nets les scores des matches de foot à côté de la liste les annonçant dans le journal en vue de calculs prédictifs pour les pronostics).
Ensuite j'ai rencontré André, le fils d'un ami de mon père, un fondu de Jazz qui manifestait à l'égard du rock'n roll (représenté à l'époque par Bill Haley et ses Comets, un groupe qui, forcément, n'a fait que passer, poussé en bas des plateaux de phono par Elvis) un mépris de première grandeur que je partageais avec enthousiasme. À l'époque, j'ai même assisté à des concerts de Sidney Bechet (mon premier disque de jazz c'était "Les oignons"), d'Albert Nicolas et même de Count Basie (Comme Henri Salvador, j'adore Count Basie).
Je suis resté dans le monde du jazz pendant des années et des années, jusqu'au jour où j'ai acheté un 33 tours de Raymond Guiot intitulé "Bach Street". Et après être entré dans le monde baroque par une porte dérobée, j'y suis resté définitivement. J'ai commencé par Jean-Sébastien, d'autant qu'à la même époque j'avais été soufflé par son concerto italien entendu à la radio avec Scott Ross au clavecin, puis j'ai poursuivi par une exploration des membres de sa famille j'ai même appris à prononcer leur nom à l'allemande (j'avais suivi un cours d'allemand au cours de mes études essentiellement dans un but technique : la chimie est allemande. J'en ai suivi un autre lors de mon boulot plus axé lui sur le conversationnel). Et puis de disque en disque j'ai fini par explorer le monde musical "classique" en remontant le temps jusqu'à Hildegarde von Bingen (un des plus grands esprits de son temps) en passant par la polyphonie franco-flamande et le chant grégorien (et je parle même pas du branle de Bourgogne). J'ai également exploré l'autre versant de la Manheimer Schule, puis Mozart ( je vous fais pas l'injure de vous mettre un lien) et autres Ludwig van jusqu'à la musique "classique" d'aujourd'hui.
Je dois à la vérité de dire que j'ai rencontré bien plus de choses qui me sont indifférentes, quand elles ne sont pas déplaisantes, en descendant le temps qu'en le remontant (t'en foutrai moi de l'atonal !).
Je me suis donc retrouvé à la tête d'une collection de plusieurs centaines de CD mêlant le jazz et le classique (dont 155 reprenant l'œuvre complète de Johan Sebastian Bach et comme je l'ai acquise assez tardivement je me paie un merveilleux tas de doublons). J'ai aussi quelques bouquins sur l'histoire de la musique, le guide des instruments, la théorie de la musique, en dépit de quoi j'ai toujours rien compris aux modes, aux demi-tons qui n'en sont pas tout-à-fait et au clavier bien tempéré.
Et le seul instrument dont je peux jouer, c'est la guimbarde, même si je suis en possession de la première trompette de mon ancien condisciple, Richard Rousselet, lequel, d'un an mon aîné, sévit toujours sur les scènes du jazz belge.
Aujourd'hui encore, quand j'entends du jazz, ça me chatouille toujours un peu. Bon, pas au point de demander qu'on m'organise des funérailles comme à la Nouvelle-Orléans, même si dans le discours de l'officiant, une chose m'inspire directement : "Ashes to ashes, dust to dust", bref, autant en emporte le vent !