13 novembre 2008

Lisbeth (en hommage à Stieg Larsson)

Déjà quand il n'y avait que des allumettes, fussent-elles suédoises, le métier était dur ! Mais là, maintenant, à l'époque des briquets et des allume-cigare, ce n'était vraiment plus une vie. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur le bien fondé de tenter de fourguer un produit suédois à des Danois si obstinément enfermés dans leur nationalisme étriqué...

La petite marchande d'allumettes le ressentait jusque dans la moelle de ses os glacés : elle allait finir comme son arrière-arrière-arrière-grand-tante. Salaud d'Andersen ! Faire ses choux gras, en le romançant (pour Noël, vous vous rendez compte!), d'un fait d'hiver sordide : la mort d'une enfant.

Elle, encore, bénéficiait du réchauffement climatique et des cartons rejetés par les grands magasins. Mais quand la neige se mit à tomber doucement, c'en fut trop ! Lourde hérédité ou pulsion surgie des profondeurs du ça, elle décida, elle aussi, de brûler son fonds de commerce. Comme sa parente : allumette par allumette.

Mais il lui manquait ce côté mystique, cette faculté, ce don de s'émerveiller d'un rien. Elle n'entrevoyait dans le halo fugace des bâtonnets enflammés, ni chaleur, ni grand-mère, ni paradis.

Pourtant, à l'avant-dernière, vague lueur d'abord, une idée lumineuse germa puis grandit, grandit, jusqu'à prendre possession de sa pensée toute entière. Une formidable détermination la saisit. Elle se dressa, empoigna ses cartons et se dirigea vers les locaux de l'éditeur de ce maudit H.C.

Parvenue devant l'orgueilleuse porte en chêne, elle y entassa son bagage et gratta la dernière allumette. Elle aurait bien chaud cette nuit !

incendie


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12 novembre 2008

Blog-note

J'avais inauguré ce blog par un billet sur... les blogs.

Dans ma petite tête, l'idée avait germé d'écrire un blog à propos des blogs et des blogueurs. Mais je m'aperçus bien vite qu'une certaine Nicole Versailles (connue dans la blogosphère sous le pseudo de "Coumarine") y avait consacré tout un bouquin.

Coum

D'autre part, après trois billets, je racontais déjà ma vie. On ne se refait pas !

Ce qui est marrant, c'est que si mes billets à propos des blogs n'avaient suscité aucun commentaire, ceux consacrés à mon existence, aussi banale qu'heureuse, semblaient intéresser leurs lecteurs. Mais revenons aux blogs...

Dans un billet récent, la même Coumarine nous dit son émerveillement devant l'irruption de l'inattendu dans le processus d'écriture.

Je ne vais pas vous bassiner avec ma conception de l'écriture avec un gand É, même quand elle n'est pas sainte. Non, je voulais dire que la fin de son billet m'a fait penser à d'Ormesson qui peut vous pondre le plus naturellement du monde près de quatre cent pages pour tout vous dire à propos de rien et réciproquement.

Rien001

Je m'y retrouve... en mieux évidemment ! Je ne suis pas (encore) de l'Académie française.

- - -

Quoi ? Vous vouliez, à son propos, le jeu de Janeczka ? Bien, voici :

Parce que, si affreuse, si charmante, la vie, à la différence de l'être qui est la justice même, est le royaume de l'injustice.

Il est anglais, arabe, anglo-arabe, normand, percheron, barbe, persan, turc, de Dzoungarie, de trait, de selle, de course, de carrière, de manège, gai, effaré, animé ou caparaçonné, hongre ou entier, de frise, de bois, de retour ou d'arçons. Il se croise avec l'âne pour donner le bardot ou le mulet qui ne donne plus rien du tout.

Vous savez ce que m'inspire cet extrait ?

Vous vous en foutez mais je vous le dis quand même : " Il fait l'âne pour avoir du son..."


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09 novembre 2008

P'tit déj' (pour Kloelle)

Sous ma dernière participation aux défis du samedi, Kloelle posait une question : "Mais comment fait-il ?"

Je pourrais jouer au petit jeu du "À question idiote, réponse idiote : tout naturellement". Mais Kloelle, comme chacun peut le constater, bien que ravissante, est tout sauf une  idiote. Je vais donc lui donner ma recette, ce qui nous maintiendra dans l'ambiance du défi en question.

J'étais bien décidé, à la parution de la consigne, à ne pas participer pour cette fois. Imaginer des noms d'instruments ne me paraissait pas vraiment dans mes cordes (instruments, cordes, ça vous chante ?). Mais le jeudi matin, devant le peu de participations enregistrées, j'ai décidé de faire un (petit) effort. Cette décision prise, voici quelle fut ma démarche.

Tandis que je me connectais à l'éditeur de Canalblog, mes quelques neurones résiduaires établissaient péniblement quelques connections menant à la chaîne de pensées ci-dessous.

Cela fait bien longtemps maintenant que je n'utilise plus la cuisine à la réalisation de soupe à l'oignon (fondre ces sympathiques légumes est un travail délicat nécessitant tout le doigté d'un chimiste), de filets de saumon à la Bush (mais non, pas George W, une bière belge ambrée), de poulet à la Romeyer (une sauce à base de Gueuze), de homard au Porto, de pasteis de bacalhau (âmes sensibles s'abstenir). Non, je n'utilise plus la cuisine que pour préparer, comme chaque matin depuis près de trente ans, le petit-déjeuner que je porte ensuite au lit à mon épouse. Pour ce faire je n'utilise guère d'ustensiles en dehors de celui-ci :

Couteau

Plutôt que d'inventer un mot pour remplacer "couteau", comme le voulait une consigne imaginée par je ne sais quel esprit tortueux, je me suis demandé "Que ferais-je si le couteau m'était interdit ?". La réponse allait de soi (d'autant que je ne beurre pas mes propres tartines mais uniquement celles de ma chère et tendre). Je l'ai ensuite transcrite en quatre misérables petits vers, directement dans l'éditeur.

Temps de réalisation : quatre minutes (Canalblog était un peu lent jeudi matin).


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04 novembre 2008

Vocation

J'y avais déjà pensé lorsqu'avec mon copain André, de quelques années mon aîné, nous fabriquions nos propres pétards. Mais non, pas avec Marie-Jeanne, avec une poudre artisanale à base de charbon de bois, salpêtre et soufre.

Je reprends : j'y avais déjà pensé quelques années auparavant, mais à l'issue de mon premier cours de chimie, c'était décidé : je serais chimiste !

D'ailleurs, il me fallait immédiatement un labo.

Mon père qui n'était pas du genre à étouffer les vocations dans l'œuf, m'attribua dans la buanderie un espace pourvu d'une table consistant en une caisse en pin brut retournée sur quatre chevrons. Cela faisait d'autant plus sérieux que la dite caisse portait en lettres de quinze centimètres "The Brown-Bovery Company".

Si l'on veut bien oublier le risque de tacher ou trouer le linge, la buanderie était un endroit idéal. Elle se situait au niveau des caves, mais à l'extérieur de la maison et sa porte donnait directement dans la cour-piscine dont je vous ai déjà parlé. De plus, à cette époque, les lessiveuses étaient dépourvues de chauffage électrique. Il fallait donc chauffer l'eau sur un petit foyer que mon père avait construit en briques réfractaires.

C'est dans ce foyer que je fabriquai mon charbon de bois. Le salpêtre et le soufre, "La Boule Rouge", la droguerie du bled, m'en fournit volontiers (moyennant cependant espèces sonnantes et trébuchantes).

Je préparai mon premier mélange puis passai aux essais.

Tout à l'excitation de fabriquer ma première ration de poudre noire, j'avais confondu efficacité et précipitation : le mélange était peu homogène et trop riche en soufre. Il était difficile à allumer, brûlait mal et ne fusait même pas. Par contre, qu'est-ce qu'il fumait ! J'aurais pu le filer à un viticulteur pour soufrer ses barriques, mais à l'époque, on n'avait pas encore pensé à planter de la vigne sur les terrils, la plupart desquels étaient d'ailleurs encore en activité.

Je rangeai ce premier résultat peu encourageant dans un sac en papier sur le coin de ma "table". Puis je me plongeai dans d'autres observations, mélangeant à peu près tout ce qui me tombait sous la main avec des résultats parfois inattendus.

Un jour que je chauffais au rouge le bout d'une lame de scie à marqueter dans un but qui m'échappe aujourd'hui, pris d'une pulsion aussi subite qu'irrépressible, Monsieur le Juge, je plongeai le bout rougi dans le sac de poudre. Ce machin que j'avais toujours eu du mal à enflammer à chacune de mes nombreuses tentatives, brûla d'un seul coup !

fum_e

Accessoirement, il mit le feu à la caisse en pin et à tout ce qui, dessus, se trouvait être combustible. Mon père, alerté par le nuage d'anhydride sulfureux qui avait envahi toute la cour, arrêta le début d'incendie d'un seau d'eau bien placé.

Comme le seau était vide, il y balaya d'un geste auguste (c'était son prénom) de la main ce qui restait sur la table, assortissant son action d'un bien senti : "Quand on n'y connaît rien, on ne fait pas de chimie !"

Le lendemain, le seau d'acier galvanisé était percé.

Ce n'est que quand je lui fis remarquer la justesse de sa sentence de la veille qu'il me fila la baffe que j'avais gagnée de haute lutte.


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01 novembre 2008

Agata

Je vous vois venir, vous vous attendez à une nouvelle histoire d'amours enfantines. Tout faux vous avez !

Hier , nous avions un petit souper (dîner pour les Frenchies), histoire de fêter dignement mon anniversaire et celui de Borys, le fils de la compagne du mien (vous suivez toujours ?). Nous étions dix et mon épouse nous a, comme à chaque fois, fait la brillante démonstration de ses inestimables talents culinaires.

Dans la conversation (nous parlions du coup de patte de Vidalinda), ma quasi-bru glisse : "Vous vous faites rare sur votre blog !"

Je me défends mollement, arguant de ma participation aux défis, de l'inconfort dû au froid, des congés des filles, mais je sens que je ne la convaincs guère. Ses désirs étant des ordres, je m'y colle. Je vais vous parler d'elle, ça lui apprendra !

Riche nature, elle est d'origine polonaise, parle plusieurs langues, a un don de répartie extraordinaire, s'enflamme pour les bonnes causes, est une excellente fourchette, est d'un commerce des plus agréable, supporte mon fils et même, le rend heureux, c'est vous dire !

J'ai raconté ailleurs notre première rencontre.

Quelque temps après celle-ci, j'avais emmené toute la famille au restaurant. C'était, cette fois-là aussi, à l'occasion de mon anniversaire. Comme nous étions neuf, on nous installe à une grande table ronde (si j'avais su, j'aurais mis mon armure, nom d'un Graal !).

Au moment de nous asseoir, mon regard croise celui d'Agata, là-bas, à l'autre extrémité du diamètre. Je lui souris, elle me rend mon sourire, une étincelle fugace s'allume dans ses yeux. J'ai cru lire, mais je suis peut-être présomptueux, complices, pour la vie si ça se trouve, enfin, le peu qui m'en reste...

Cela fait deux ans maintenant et rien ne laisse entendre que j'aurais mal lu. Pourvu que ça dure, encore un peu...

Agata4


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26 octobre 2008

Benêt basque

Il y a de cela quelques années, en sortant d'un restaurant où nous avions avec mon épouse (qui d'autre ?) fêté notre anniversaire de mariage, je me sentais patraque.

Comme cela ne semblait pas s'arranger et que les symptômes ne laissaient pas d'être inquiétants, je me décide le lendemain à appeler notre médecin(e) de famille qui, jusqu'alors, était surtout celui de ma moitié.

Son répondeur me signale son absence et me prie d'aller me faire voir (je veux dire "examiner", vous l'aurez compris) par son remplaçant, le docteur *****ghli.

Je me rends donc à la consultation de son honoré confrère et là, je tombe nez-à-nez (enfin, presque, car elle était sensiblement plus petite que moi) avec une jeune dame des plus charmantes. Mignonne comme un cœur, la trentaine resplendissante, le cheveu et l'œil noirs, la peau dorée, vêtements de classe, chaussures raffinées, politesse exquise, voix de velours. J'arrête, on n'est pas au défi du samedi !

Je passe sur le contenu de la consultation lequel, malgré tout l'intérêt que vous voulez bien me porter, ne pourrait que vous lasser. Tandis que je rajuste mon pantalon (elle m'avait fait une piqûre dans le haut du muscle fessier droit) je lui déclare, non point ma flamme, ce n'est plus de mon âge, mais :

-  Votre nom a une bien étrange consonance, seriez vous d'origine basque ? Il y a beaucoup de noms en "gli" dans cette région.

-  Non, me dit-elle, c'est un nom berbère.

Outre l'air con, me vient l'image d'un restaurant aujourd'hui disparu, au Crotoy, face à la statue de Jeanne d'Arc. Il était orné d'une enseigne gigantesque "La reine berbère".

Je n'aurais pas mieux dit !

Berb_re


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23 octobre 2008

Tomber en amour

C'est à cette expression d'un psy-écrivain-conférencier interviewé sur la première chaîne radiophonique belge de langue française que (outre à l'accent) j'ai reconnu un Québécois bon ton.

Et de quoi nous parlait donc ce sympathique gaillard ? De l'amour ! Vous écrierez-vous...

Pas du tout, pas du tout ! Comme disait Dutronc (senior). Il nous parlait de son livre, lequel, il est vrai, nous parlait d'amour et comme c'est lui qui a écrit le livre, en fin de compte, vous aviez raison ! Mais vous n'avez rien gagné, je n'envoie pas de cartes postales.

Bon, l'émission se déroule, blabla, chansons (d'amour), interventions d'auditeurs par téléphone ou mail. Et subitement, un message tellement sensé qu'il ne pouvait être que d'une auditrice.

Et ça me fait tout drôle d'être là, tout seul dans ma voiture à me laisser envahir par cette étonnante vérité : j'ai eu le bonheur de partager l'existence d'une femme qui a été pareillement amoureuse de tous les hommes que j'ai pu être, du jeune con impétueux au vieillard bedonnant (et je passe sur les diverses et intéressantes étapes intermédiaires).

Vous me direz peut-être que c'était pareil dans l'autre sens, mais, quand même...


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17 octobre 2008

Moderato lamentabile

J'avais en tête de vous pondre un petit billet lamentatoire (le dico en rougit de honte pour moi), bien dans l'air du temps.

Mais c'est impossible.

Pourquoi ?

froidBen parce que j'aurais dû évoquer les affres dans lesquelles nous plongent une panne de chauffage central et le peu de parole des chauffagistes. Mais comme la chose est tristement actuelle, il m'aurait fallu classer ce billet dans la catégorie "à chaud".

Vous voyez le problème ?


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14 octobre 2008

Hier

Mon épouse, je crois l'avoir déjà dit, regarde chaque fois qu'elle le peut cette émission animée par Nagui le midi sur la deuxième chaîne française.

Moi, je vois et entends ça d'un œil et d'une oreille distraits, sirotant mon Amontillado et lisant Val, Papistache ou, à défaut, Stieg Larsson.

L'autre jour, je me faisais pour la ennième fois la réflexion suivante : ce sont toujours les questions sur la chanson ou le cinéma actuels (sans parler du sport) qui me laissent sans réponse.

La ennième fois, sauf que cette fois, ça m'est tombé dessus comme une évidence : un air rythmé et des paroles : "I'm a yesterday man".

Un homme d'hier ! C'est tout à fait ça : je crois que le ciné s'est arrêté avec Tex Avery et la chanson avec Brel et Brassens.

Alors, vous me connaissez (ou peut-être pas), je suis allé me renseigner sur cette chanson qui m'avait surtout marqué par son rythme et aux paroles de laquelle je n'avais jamais accordé le moindre intérêt. Et là, stupéfaction ! Ce n'était pas du tout ce que j'imaginais... En réalité, la chanson de Chris Andrews  (début des "seventies") disait "I'm her yesterday man".

Deuxième prise de conscience douloureuse ! Je venais de réaliser pourquoi mon épouse trimbale dans son portefeuille une photo de moi datant d'un week-end à Mirwart il y a de ça plus de trente ans :

I am her yesterday man !


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12 octobre 2008

JdJ 15

Plus de jeu, comme annoncé lors du dernier JdJ, juste une énumération qui vous fera comprendre mon silence de ces derniers jours.


Il est trop plat, trop brut, il est sans finesse. Tâchons de penser à quelque chose de plus coloré. Hum... Je ne sais pas... peut-être quelque chose comme le Peuple de l'Esprit.

Auster001

Pas emballé, la bonne vieille mise en boucle temporelle, faudra que j'essaie un autre. Joe Krapov  me fait nettement plus d'effet !

- - - - -

Il avait été jeté à Paris et le monde des puissants devenu le sien n'était la conséquence d'aucun choix volontaire. Il en avait très vite éprouvé les limites. Les grandeurs d'établissement ne lui en remontraient guère; le crime y tissait ses toiles comme ailleurs.

Cadavre001

Celui-ci est bien dans la note des "Défis du samedi", encore plus emberlificoté que les précédents.

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Erika ouvrit un dossier et posa des papiers sur la table qu'elle poussa vers Harriet Vanger avec un chèque du montant exact annoncé par Harriet. Elle parcourut le contrat du regard. Sans un mot, elle prit un stylo sur la table et signa.

Mill_nium002

Dommage que le jeu soit terminé, Kloelle aurait reconnu le deuxième volume encore plus facilement que le premier ! Pas de commentaire, je viens de commencer. Donc, si vous ne me voyez plus pendant quelques jours...


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