18 juin 2008
Fonctionnaire
Au journal télévisé d'hier, on nous apprend que la Région wallonne va entamer une campagne publicitaire destinée à modifier auprès du vulgus pecum l'image du fonctionnaire. Les acteurs de ces spots seront les fonctionnaires eux-mêmes qui viendront nous exposer combien exaltantes peuvent se révéler leurs carrières.
La chose se passait sur fond d'images extraites de ces fameux spots et soudain : le bouillonnement de l'eau à la sortie d'une écluse et dans ma tête un bouillonnement d'images.
J'ai vécu pendant quatorze ans le long du canal du Centre, du temps où il n'avait pas encore été mis au gabarit actuel.
Mon domicile se trouvait entre une écluse et un pont-levis. Durant les vacances, vers mes onze ans, j'allais saluer les préposés et au bout de quelques visites, ils me laissaient les aider à la manoeuvre des "ouvrages d'art".
Un jour, l'éclusier m'a même confié la garde de l'écluse, le temps d'une course au patelin. L'éclusage des péniches, c'est simple, mais ça demande une certaine méthode pour effectuer la bonne séquence d'ouverture et de fermeture des vannes et des portes. J'ai écrit une procédure pour l'édification de Pivoine dans un commentaire sur son blog, je ne vais pas recommencer ici.
Chez le pontonnier, c'était plus simple. Il n'y avait qu'à tourner la face verte du disque métallique prévu à cet effet vers le bateau qu'on voulait laisser passer (il n'y avait le passage que pour un bateau), baisser la barrière interdisant l'accès aux véhicules, déverrouiller le tablier et commencer à lever le pont. Je tournais pour cela une roue aussi grande que moi, faisant chanter le cliquet qui sautait d'une dent à la suivante dans le mécanisme anti-retour.
De tourner plein pot toutes ces manivelles, tant au pont qu'à l'écluse, car tout était manuel, je me faisais les biscoteaux dont je manquais cruellement (je ne sais pas si vous imaginez la masse d'une porte d'écluse)
Ce qui m'enchantait près du pont, c'était l'abri du pontonnier ! Si l'éclusier disposait d'une sorte de cabine plutôt spacieuse et contenant, entr'autres, le tableau de commande de la pompe de rééquilibrage de niveau des biefs, à proximité du pont, il n'y avait qu'une sorte de cube d'environ deux mètres sur deux, contenant une chaise, une petite table et un poêle à charbon.
Moi, je rêvais de devenir pontonnier et d'habiter dans le cube. Rentré chez moi, j'imaginais un aménagement du lieu autorisant cette lubie ! J'ai perdu les plans, mais je me souviens qu'il y avait beaucoup de trucs rabattables.
Les Japonais pensent qu'ils ont inventé un système original avec leurs hôtels à logettes genre nid d'abeilles, mais j'y avais pensé avant eux ! Sauf que moi, je n'avais qu'une logette. Ce que je ne m'étais jamais demandé, c'est ce qu'aurait pensé l'administration de cette idée originale.
16 juin 2008
Planchette
Vous avez vu le Trooping the Colors ? Moi, oui ! J'avais repéré la retransmission (en différé) de la chose dans le programme TV. Et, avec candeur, je l'ai signalé à mon épouse.
C'est une grande parade militaire à l'occasion de l'anniversaire officiel de Sa Grâcieuse Majesté. Ma femme adore ! Je la suspecte parfois de rêver être la Grande-Duchesse de Gerolstein. Le scénario est immuable et terriblement british.
Moi j'aime surtout quand il pleut à verse, leur flegme proverbial est alors mis à rude épreuve. Mais bon, cette fois-ci, il faisait beau, on pouvait voir les uniformes chatoyer, les cuirasses rutiler, les sabres jeter des éclairs (contrairement aux baïonnettes, traitées anti-reflet, quel anachronisme sournois).
Comme chaque année, gros succès des King's Troops et, comme chaque année, je signale à mon épouse qu'un beau(?) jour, j'ai porté un uniforme du même acabit. En effet, dans une de mes nombreuses vies, je fus artilleur. Planchette, plus précisément. Ouais... ça fait tout de suite moins chic ! Dans mon pays, au temps où le service militaire était obligatoire, les chimistes étaient versés dans l'artillerie, ça leur évitait de changer de Saint tutélaire (et même, en l'occurrence, de seins tutélaires, vive Sainte Barbe ! Bien qu'à l'époque, j'étais imberbe).
Un jour, donc, je suis désigné volontaire (vous savez comment ça se passe dans l'armée) parce que, dans ma chambrée, c'était moi qui entrais le mieux dans le dernier costume disponible. Il s'agissait, avec quelques copains, de se farcir une garde d'honneur à une réception quelconque en tenue de parade ancienne : uniforme bleu marine, futal à bande rouge, veste à brandebourgs, toque en astrakan, jugulaire dorée, plumet ridicule, un truc qui devait dater de 1890 environ (ou une copie de la chose, je ne sais trop). Toujours est-il que je suis heureux que l'époque n'était pas aux appareils photo digitaux, ça m'évite d'être encore plus ridicule que d'ordinaire. Je vous en montre un pas tout à fait pareil, mais à cheval.
Le petit air de famille entre l'ancien uniforme des artilleurs belges et celui des King' Troop n'est pas fortuite, le premier roi des Belges était l'oncle de la reine Victoria.
Bien entendu, la seule chose qui vous inquiète dans tout cela, ce n'est pas ma prestance en uniforme de gala mais plutôt l'endroit où l'on pouvait bien clouer cette foutue planchette dont je vous parlais.
Vous me verriez bien crucifié hein ! Vous n'aurez pas cette joie. Le mot désignait simplement les membres du bureau de tir qui calculaient le réglage des obusiers (charge, azimut, hausse). Pourquoi planchette ? Parce que nous étions assis devant une sorte de planche à dessin sur laquelle était fixée une feuille avec quadrillage de coordonnées sur laquelle la batterie, les objectifs et les obervateurs étaient représentés par de petites épingles de couleurs. Les claculs étaient effectués avec l'aide d'une espèce d'éventail-rapporteur en plexi et de tables de corrections, le tout d'origine américaine.
En procédure normale, après un premier tir, l'observateur nous signalait par radio où l'impact se situait par rapport à la cible vu de sa position. Le jeu consistait alors à déplacer l'épingle représentant l'objectif à l'inverse de cette information et à recommencer les calculs jusqu'à ce qu'on tire pile sur la cible.
Ce genre de réglage de tir se faisait avec une seule pièce. Une fois le réglage effectué, il fallait aussi calculer les variations de réglage en fonction de la position des différentes bouches à feu sur le terrain pour pouvoir procéder à un tir de batterie. Simple, non ?
Le plus marrant, c'était la procédure de tir a posteriori. La description ci-dessus ne vaut que si vous connaissez la position exacte de votre pièce de réglage sur la carte. Si vous n'en savez trop rien, voici comment faire : vous choisissez un objectif de position précisément connue : un édifice public, une église, un monument (historique de préférence). Et vous commencez le tir de réglage. Au lieu de déplacer l'épingle de la cible au fil des corrections, vous déplacez celle de la pièce. Et quand vous touchez le bâtiment choisi...
Vous savez où vous vous trouvez exactement ! C'est pas beau ça ?
L'inconvénient, c'est que pendant que vous procédez à cette petite mise au point préliminaire, l'ennemi a repéré votre position soit à l'éclair de vos tirs, soit à leur fumée et vous pulvérise avec sa propre artillerie qui, n'étant pas belge, sait parfaitement où elle se trouve, elle.
Le seul avantage, c'est que contrairement à nous, l'ennemi, lui, est toujours fictif (dans mon expérience personnelle en tout cas).
Voilà ! Si vous êtes sages, je vous raconterai peut-être la guerre atomique.
14 juin 2008
Eureka
En me rendant à la pharmacie ce matin, j'ai compris !
Hier, comme je l'expliquais ailleurs à Papistache, mon médecin (je devrais dire ma médecine) constate lorsque je la quitte : "Mais Monsieur Walrus, vous vous tenez la tête penchée, c'est nouveau ça !"
Que répondre à cela ?
Que si je la redresse j'ai des étourdissements ? J'suis pas certain.
Que c'est le poids des responsabilités ? J'suis retraité.
Que c'est à force d'encaisser la pluie ? J'me déplace en voiture.
Que c'est à force de réfléchir ? J'ai la tête vide.
Que c'est à force de regarder les jambes des femmes ? C'est un rêve de Papistache.
Alors, comme au bout de dix ans, elle commence doucement à se faire à mon genre d'humour, je lui ai balancé une explication plausible, bien que contestée par l'intéressée : c'est à force de toujours dire "Oui, chérie", c'est l'attitude du mari soumis !
Mais ce matin, en me rendant à pied à la pharmacie, j'ai compris. (Oui, je me répète, mais dans ma phrase initiale, je n'avais pas précisé que c'était à pied, soyez attentifs enfin !)
Cela fait bientôt un an que je me suis déchiré le ligament croisé d'un genou (je m'abstiendrai de vous dire lequel, pour vous éviter des supputations stériles sur mes tendances politiques).
Cela fait bientôt un an que je me suis habitué à regarder où je mets les pieds parce que, surtout au début, le moindre faux-pas faisait se démettre l'articulation.
À ma prochaine visite à la femme de l'art, je lui ferai part de mon hypothèse. J'éviterai soigneusement de lui faire remarquer son peu d'imagination ou de connaissance de mon dossier médical. Je préfère la faire sourire que la vexer.
Une erreur médicale est si vite arrivée...
13 juin 2008
MAC's
Mais non, je ne vais pas vous les briser menu avec mes mémoires d'ancien combattant de la Grande Guerre. Celle qui opposa des années durant, en des luttes fratricides et sanglantes, les adorateurs du PC aux zélateurs du Mac. Je ne suis d'ailleurs pas certain qu'elle soit vraiment terminée.
Je vais vous narrer un des épisodes de mon unique visite au Musée des Arts Contemporains érigé sur le domaine du Grand-Hornu, à grand renfort de fonds européens.
Je ne me trouvais évidemment pas là de mon plein gré. Simplement, ma fille a une amie (que j'appelle ma deuxième fille, mais ça, c'est une autre histoire) dont un des passe-temps favoris est d'organiser des visites guidées en des endroits ou institutions les plus divers. Comme elle ne manque jamais d'y convier mon épouse, j'en suis à tous les coups.
Si vous n'avez jamais vu le site du Grand-Hornu (le siège d'un ancien charbonnage), ça vaut le déplacement, si toutefois vous ne perchez pas à plus de cent kilomètres de l'endroit, enfoui au coeur du Borinage, région d'où Van Gogh s'est, lui, enfui en quête de soleil. Y a juste le sombre bâtiment du MAC's qui gâche un brin la vue, même si aux dires d'architectes, eux aussi contemporains, il s'intègre parfaitement à l'ensemble. Déjà, à Bruxelles, ma ville d'adoption, architecte est une insulte, alors, l'opinion d'un architecte contemporain, je relativise.
Pour ceux qui seraient tentés de retrouver les artistes qui y exposaient à l'époque, cela se passait fin mai 2003 (c'est dingue, ce qu'on découvre dans les propriétés des fichiers jpeg).
Entr'autres merveilles offertes à l'ébahissement des fameux contemporains des artistes du même nom, il se trouvait dans une salle, réservée à elle seule, une étonnante réalisation plongée dans la pénombre : sur un lit de feuilles de lauriers (j'ai mis lauriers au pluriel car c'était un très gros tas de feuilles) gisait une sorte de pare-brise.
Notre groupe entourait la chose, la contemplant d'un oeil sceptique (et de l'autre consterné). Devant ce manque manifeste d'enthousiasme, notre guide, une charmante petite Française vachement concernée par son job, se met en devoir de tenter de nous faire comprendre la production, à défaut de l'apprécier.
Il s'agit, nous dit-elle, de la reproduction fortement agrandie d'un ongle. Réalisée en verre, elle a été déposée sur un lit de feuilles de laurier(s). Vous n'êtes pas sans savoir que dans l'antiquité, le laurier était un des symboles de l'éternité. Vous savez également que les ongles (tout comme les cheveux) continuent à pousser après la mort. C'est dans l'association de ces deux faits que l'artiste et bla bla bla et bla bla bla.
À la fin de son discours, la demoiselle quête des yeux et des oreilles une éventuelle réaction, un semblant d'approbation (déjà plus hypothétique) ou une question (tout-à-fait hors de question, justement).
Apathie totale du groupe. Devant sa déception, je vole à son secours.
Vous me plongez, chère enfant, lui dis-je, lui tendant la main, paume par-dessous, dans la plus insoutenable angoisse métaphysique ! Qui donc va me ronger les ongles après mon décès ?
Je l'ai sentie un peu interloquée, limite vexée peut-être, mais elle avait de la classe, ce ne fut qu'un très bref nuage puis, elle a souri et le sombre décor s'est éclairé soudain.
12 juin 2008
Titanic
Vision fugitive d'un groupe de demoiselles, penchées, barre du garde-corps au creux de l'estomac, sur un spectacle marin suscitant entr'elles une discussion animée. Un de leurs doigts pointe vers quelque-chose. Elles comptent. Je le devine aux petits mouvements secs et réguliers de leur poignet.
Pendant un instant, j'ai cru contempler un groupe de jeunes et charmantes touristes agglutinées au bastingage d'un bateau de plaisance.
Mais je circule en voiture sur la berge du canal, en pleine ville, et elles sont accompagnées d'un gaillard plus âgé qu'elles, leur professeur, vraisemblablement.
Dieu sait quel recensement abscons il leur a demandé d'établir du bord de la voie d'eau : les modules réguliers de la structure des berges, les panneaux de fermeture des péniches qui, lentement, défilent à leurs pieds ? Quelque-chose de répétitif en tout cas...
Tandis que je me perds en conjectures, ma vision latérale m'avertit que je ferais mieux de reporter mon attention sur la circulation : la décoration blanc-bleu de la voiture de flics qui me précède se rapproche dangereusement.
Misère, encore un bouchon !
Et dire qu'un instant, je me suis cru en croisière... Quel naufrage pour ma douce illusion !
11 juin 2008
Quand j'étais cancre
Une brutale illumination vient de m'atteindre, tel Shâkyamuni sous son arbre. Je vais d'ailleurs aller vérifier de ce pas la longueur du lobe de mes oreilles.
Ça m'est venu en voyant, sur un blog "littéraire", cette photo de couverture du bouquin de Michel Drucker.
Et à quelle prise de conscience fondamentale me suis-je donc éveillé, me demanderez-vous ? Simple : contrairement à Drucker, Pennac, Berléand, Blasband et, j'imagine, de nombreux autres qui échappent à ma mémoire vacillante tout autant qu'à mon inculture crasse, je ne pondrai jamais le moindre ouvrage détaillant les souvenirs douloureux de mes années de cancritude. Je ne serai donc jamais une vedette ni un écrivain célèbre : ma jeunesse n'a pas fleuri auprès des radiateurs, endroits réputés propices à l'élevage des cancres (las).
D'ailleurs, pour justifier le classement de ce billet dans la catégorie où vous l'avez trouvé, je dois à la vérité de signaler que la classe d'école primaire que je fréquentais n'était pas pourvue de chauffage central, mais d'un poêle à charbon occupant... la place centrale dans la pièce. Il y aurait peut-être lieu de se mettre d'accord sur la définition de "chauffage central".
Il y avait pourtant un lien entre le cancre de service et le poêle : l'un était régulièrement chargé d'alimenter l'autre. Cette histoire de charbon avait sans doute valeur prémonitoire, mon condisciple ayant dû finir mineur de fond dans un charbonnage. Ces derniers étaient encore florissants à l'époque, on était en pleine "bataille du charbon" pour alimenter l'industrie sidérurgique boostée par la reconstruction.
Finalement, ces écrivains que je citais tout-à-l'heure n'avaient pas tout-à-fait tort : la vie de cancre n'était pas drôle tous les jours. Mon témoignage est évidemment très partiel : j'ai effectué mes trois dernières années de primaire dans une école à classe unique et n'y ai côtoyé qu'un seul et même cancre.
Le gaillard ne s'exprimait pour ainsi dire que dans l'idiome local, faisant néanmoins l'effort, en cas d'urgence, de tenter de le transposer en Français. Ainsi, dans cette région, "mordre" se disait "agnî". Et, voulant expliquer à mes parents qu'un chien avait tenté de le mordre, il leur avait dit : "Et il a sauté sur moi pour me agner !"
Malgré ces efforts louables, il était en bute à la vindicte enseignante, l'usage du patois étant formellement interdit dans l'enceinte de l'école. On ne s'inquiétait pas encore à l'époque de la survie des dialectes locaux.
Il était plutôt petit, tout comme moi, mais râblé et beaucoup plus costaud. Si bien que si nous partions visiter la briqueterie locale, c'est lui qui pouvait en ramener le seau d'argile destiné à des activités ultérieures. Que si nous escaladions la côte qui menait de la vallée au sommet de la colline, c'est lui qui se coltinait le baromètre à mercure devant permettre de démontrer la liaison de la pression atmosphérique à l'altitude. Que si nous allions relever les dimensions d'un champ quelconque (aux fins de divers calculs subséquents, de la quantité de semences nécessaire au rendement à l'hectare), c'est lui qui se tapait le matériel d'arpentage, rudimentaire mais pesant : chaîne d'arpenteur, boussole, jalons.
Il avait néanmoins droit à l'une ou l'autre compensation. Ainsi, bien qu'ayant la fâcheuse habitude, pour amuser la galerie, de s'abreuver au contenu des encriers de porcelaine ornant les pupitres, il s'était vu confier leur remplissage et la fabrication de l'encre par dissolution d'un sachet de colorant dans une bouteille d'un litre d'eau, ce qui lui donnait accès à de la boisson fraîche. (Faudra quand-même que je m'informe, a posteriori, de la toxicité du bleu poirier)
Si sa vie n'était pas drôle, lui par contre, l'était extrêmement, instigateur des plaisanteries douteuses, grand mime devant l'Eternel, roi de la cour de récré. En dépit de ces qualités, il n'a pas, lui, fini à la télé.
Il était également très mal vêtu et jamais très net. Il n'y était hélas pour rien, l'époque n'était pas au luxe et ce qui pouvait paraître à nos yeux d'enfants gâtés une sorte de négligence n'était dans la réalité que l'effet de la misère.
Le plus étonnant dans tout cela, c'est qu'à l'accent circonflexe près, son nom était celui du séducteur d'Hélène (vous savez, l'Hellène, là).
10 juin 2008
Goutte à goutte
Tilu, qui n'est qu'un nom d'emprunt de Manon des sources, nous a jeté un sort avec sa fontaine tarie. Je propose donc que tout qui voit, comme moi, se flétrir son inspiration adopte, en lieu et place du sempiternel "En pause", l'image du robinet, vert-de-grisé par les intempéries, figurant actuellement en tête de son blog.
Quelle chose étonnante que l'inspiration. C'est l'exemple même de l'impromptu et de l'évanescent. Elle vous tombe toujours dessus à des moments impossibles, jamais lorsque vous êtes assis devant votre clavier (Dieu sait si je passe pourtant des heures devant ce symbole moderne de l'addiction) et disparaît promptement, balayée au premier rafraîchissement de votre mémoire instantanée.
Au début, je me suis laissé emporter par l'optimisme et mon côté "technicien". J'ai acheté un "Assistant personnel". Pour être plus clair, une sorte de carnet de notes électronique, agrémenté d'un tas d'autres facilités dont je n'aurai jamais l'usage. Inutile ! Quand j'en aurais besoin, ou je ne l'ai pas sous la main parce qu'il est dans une poche d'un de mes vêtements de jour et que je suis dans mon lit, ou je l'ai sur moi, mais il m'est impossible de l'utiliser parce que j'ai à peine assez de mes deux mains et de tous leurs doigts pour me débattre dans une circulation aussi urbaine que cauchemardesque.
Revenez aux bonnes vieilles méthodes, me direz-vous : papier, crayon (pourquoi les Français écrivent-ils souvent "crayon de bois" ?) Peine perdue, j'ai essayé : le papier, ça va, on trouve toujours bien un vieux ticket de parking. Mais les crayons... j'ai beau en disposer un peu partout (j'en emporte quelques-uns à chacune de mes visites chez Ikéa), mes petites-filles les empochent à la première occasion et me voilà Gros-Jean comme devant.
Ce matin, il m'est même arrivé pire : j'ai eu une idée et j'étais devant mon clavier ! Mais si je ne me mettais pas immédiatement à la préparation du petit-déjeuner (en Belgique on dit déj... ah non, celle-là, je vous l'ai déjà faite), mon épouse allait être en retard à son atelier de peinture sur soie. Et voilà, la seule chose dont je me souvienne c'est que sur le moment j'ai pensé "Celle-là, je l'ai déjà eue et j'avais oublié de la noter". Avouez que c'est pas lourd pour un billet !
05 juin 2008
À table !
Pour faire un peu snob, juste une fois (comme nous sommes censés à Bruxelles le répéter à chaque phrase), voici un des bouquins que je suis en train de lire. Il est d'un certain Jean-Pierre Verheggen, ceci afin d'épargner vos yeux déjà fort éprouvés par l'excès de scrutation d'écrans divers, même en été.
Au cours de cette lecture donc, je tombe sur un texte intitulé "Poème en langue y a pas !". Immédiatement, je pense à Papistache, car le morceau de bravoure nous décrit un restaurant qui devrait lui plaire au moins par un de ses aspects, lui qui nous signale être abstème.
De surcroît, la façon qu'a l'auteur de jouer avec les mots devrait sans doute lui rappeler quelqu'un de très très proche !
Bien, je vous livre la chose, espérant que l'éditeur voudra bien prendre ma citation comme un acte de promotion, une incitation à lire la suite, plutôt que me traîner devant les tribunaux en vertu de la loi sur la protection des droits d'auteur.
Poème en langue y a pas !
Y a pacha, j'te dis ! Y a personne, quoi !
Ya padichah ! Tu l'vois bien !
On peut les compter sur les doigts d'une main !
Puis, y a palourde dans les asiettes comme rata !
C'est plutôt radin radinette comme menu !
Y a Palomar, non plus !
Je sais ! Je sais ! Y a pas de quoi en faire une montagne
mais tout de même, pas de crustacé,
c'est plutôt mal barré !
Y a paddock en outre - ou en fillette ! -
rien que de la piquette
et Pagnol pareil ! T'as pigé,
c'est un resto où on ne sert pas d'alcool !
Y aura donc même passereau
qu'on aime faire, toi et moi,
- discrètement va de soi ! -
avec un petit digestif
à la fin de tout bon repas !
Mais y a pire ! Y a pataquès
et c'est encore moi qui vais devoir douiller
au moment de payer !
Viens, on se tire, vite fait !
Bien, j'espère que la chose vous aura divertis. Si ce n'est pas le cas, je vous présente mes plus plates excuses, tout le monde peut se tromper... surtout moi !
Post scriptum : j'aimerais que vos commentaires, si commentaires il y a, ne profitent pas du titre de l'ouvrage pour (trop) se perdre en des terrains douteux. Merci.
04 juin 2008
Gauguin
Sur ce coup-là, vous devrez me croire sur parole : mes parents ne sont plus là pour confirmer. Ils disaient que, dans mon jeune âge, j'étais un enfant charmant, calme, obéissant et tout et tout, mais... Car il y a toujours un "mais", n'est-ce pas ! Ils m'avaient surnommé, à cette époque de mon existence, "Monsieur pourquoi".
Le front contre la vitre froide des trains à vapeur, je m'inquiétais du pourquoi de tout ce qui défilait dans le paysage : les rivières, les chassis à molette, les laboureurs aux champs, l'animation dans les usines, les grosses conduites de gaz, les chatons sur les saules : pourquoi ?
Au retour c'était la nuit, mais ils n'étaient pas sauvés : pouquoi la lune suit-elle obstinément notre train, sautant par-dessus les bois et les toits, réapparaissant à la sortie des tunnels, ressurgissant de derrière un nuage ?
Et toute réponse amenait immanquablement un autre "Pourquoi ?"... Charmant, mais lassant, souvent.
Un jour, avançant en âge et remontant inlassablement la chaîne de ces questionnements en cascade, je suis parvenu à l'ultime question : "Pourquoi suis-je là ?"

À cette question, il ne me fut donné aucune réponse satisfaisante. La grande lignée des "pourquoi" ne menait qu'à une infinie déception. Alors, résigné, je me suis rabattu sur les "comment". De cette chaîne-là, on ne voit jamais le bout, chaque réponse amène cent nouvelles questions, mais... Car il y a toujours un "mais", n'est-ce pas !
Mon enfance grisée du désir de savoir s'est arrêtée, stupide, au fond d'un cul-de-sac étouffant.
03 juin 2008
À chaud
J'ai repris le titre de la catégorie parce que je trouve qu'il n'a jamais été plus approprié que dans la circonstance présente.
Le jour où j'ai commis l'entrée "Stupeur", j'ai reçu d'Agata, la compagne de mon fils, un mail inspiré non pas par le contenu de mon billet, mais par ses premiers mots et une expérience vécue le jour même par cette charmante jeune-femme.
Elle n'avait pas osé le poster en commentaire à cause de son langage direct et un peu cru, je n'avais pas osé vous le faire lire sans son autorisation. La question venant d'être réglée par mails, je vous livre la chose. Vous allez voir que cette délicieuse Varsovienne a l'indignation pour le moins vigoureuse. Je crains que cela vous change un tantinet de mon discours lénitif.
Eh bien, moi, ce matin, en m’en allant travailler, j’ai été saisie de stupeur et de tremblements aussi…
Comme à mon habitude, j’étais en retard. D’un pas pressé, je débouche de la rue des Fripiers et me dirige vers la Galerie de la Poste ou je prends le métro. Mon regard tout focalisé sur la construction du nouveau siège de débauche de notre belle capitale, à savoir : le Casino de Bruxelles. Soudain, mon attention est détournée par un cri mi hargneux mi fourbe : "Tu vas foutre le camp de là !" De la fumée s’échappe d’une couverture jaune. Le gars qui y était emmitouflé saute d’un des bancs qui se trouvent sur la place de la Monnaie, juste à côté de la Bibliothèque… il semblait y dormir. Il secoue ses fringues et jette la couverture par terre. Il s’éloigne un peu chancelant pendant qu’un autre gars gesticule et je déduis de sa posture que c’est lui l’auteur du très aimable : "Tu vas foutre le camp de là". Je suis un peu secouée… je n’ai pas vu le début de la scène… Une nana semble intervenir pour défendre le sdf. L’agresseur se dirige vers elle et la saisit par les épaules. Il n’a l’air ni belliqueux, ni répugnant. D’ailleurs, la nana ne se rebiffe pas du tout. Je ne les entends pas mais je déduis qu’il cherche une alliance ou qu’il cherche simplement à amadouer la Robinette des villes. Mais comme il y va ! Il accole carrément son front contre celui de son interlocutrice. Je trouve le geste intime et donc osé, déplacé, limite obscène. L’agresseur tend sa main vers un point éloigné… La nana prend une posture de « oh mais ca alors »… Trois autres types s’approchent d’elle avec des oreillettes et des bloc-notes : c’était le tournage d’une caméra cachée…
Le sdf réajuste son gros bonnet de laine et se prépare à rejouer la scène. Le tout s’est joué sur 30 secondes… Je souffle de soulagement et poursuis ma route. Le temps d’arriver à l’escalator, je remets un peu d’ordre dans mes pensées et là… je suis de nouveau secouée, par un violent sentiment de colère !
BORDEL ! Comment peut-on faire des caméras cachées débiles à ce point. Comment peut-on même avoir l’idée de faire semblant d’incendier un type ?
Comment peut-on imaginer que ca va faire rire si on voit ca entre deux pubs ? D’autant plus que c’est le genre de conneries que RTL-TVI montre à des heures ou les gosses regardent la petite maison dans la prairie ou toute autre niaiserie…
Comment va-t-on expliquer à des petits cons en mal de limites qu’incendier des gens, ce n’est pas pour rire, ni leur sauter dessus à pieds joints lorsqu’ils gisent à terre, d’ailleurs… et que quand on rit aux dépens de quelqu’un, ce n’est pas de l’humour mais de la méchanceté doublée d’un total manque d’imagination !
Apres les téléréalités ou l’on se repaît du malheur et de la saleté des autres, après les jeux dont l’hypothétique attrait réside dans le fait de se faire publiquement traiter de con par la meneuse, après les cameras cachées ou l’on incendie les clochards, qu’est-ce qu’elle va nous proposer la télé ? C’était quoi déjà ce film « de science fiction », racontant le lancement d’une émission retransmise en direct par la télé où la délation était récompensée et où le candidat, un condamné à mort ou la réclusion à perpète se voyait « offrir une chance» d’échapper à son sort lors d’une chasse à l’homme sans merci? La production n’avait pas lésiné sur les moyens : armes en tous genres, une armada de 4x4, un hélicoptère équipé de caméras, idem pour le fugitif, réseau de cameras dans la ville, façon London City… Mais oui…pourquoi pas ? Quand on voit quel succès a eu sur You Tube la vidéo de l’employé de la STIB qui se faisait réduire en bouillie par des crapules encore mineures, quand on sait que des gens sont capables de déchirer des bébés de leurs bites de sauvages, de dépecer des petites filles après les avoir tabassées et violées, quand on sait toute l’horreur dont l’humain est capable et pourtant si enthousiaste à se reproduire à l’infini, on peut bien imaginer que certains seraient prêts à payer l’abonnement d’ une chaîne privée qui offrirait ce genre de spectacle.
Dieu que je regrette le jour où j’ai quitté le monde de l’innocence.
Voilà, brut de décoffrage, je n'ai corrigé que les accents, la pauvre travaille dans une boîte américaine et n'est pourvue que d'un clavier qwerty. Bien, je vous laisse, j'ai encore quelques "mels" à échanger avec elle. Si elle entame un blog, je vous colle un lien...
