08 mars 2009

Portes ouvertes

Un beau jour, le Directeur du Centre de Recherche décide d'organiser des journées "Portes Ouvertes" pour les familles des membres du personnel. On sélectionne soigneusement les endroits à rendre accessibles. Immanquablement, quelques techniques d'analyse sont élues pour leur côté "spectaculaire".

Cela se passe bien entendu le weekend et je suis désigné "volontaire" pour faire les honneurs de mon labo de microscopie optique aux groupes de visiteurs.

Ce qu'il y a de bien avec les techniques modernes, c'est que les caméras digitales vous permettent d'afficher les images sur un moniteur et d'éviter le défilé fastidieux des spectateurs venant se pencher sur les oculaires pour tenter d'apercevoir quelque chose (et déréglant en passant la mise au point, c'est dingue ce que les gens sont sensibles à l'attrait des boutons de réglage moletés).

Le côté didactique de la chose n'était pas très dérangeant. Des sessions d'initiation aux techniques d'examen étant régulièrement organisées pour le personnel ou des visiteurs étrangers (clients, étudiants, etc), nous disposions d'un matériel de démonstration bien au point : affiches murales, échantillons etc.

Pour expliquer les examens en lumière polarisée, nous avions un montage de deux films polarisants d'une trentaine de centimètres de diamètre et distants d'une vingtaine. Le film avant avait une monture permettant de le faire tourner et l'ensemble était rétroéclairé au moyen d'un bac à lumière.

Un filtre polarisant ne laisse passer que la lumière vibrant dans un seul plan. Si bien que si vous en collez deux à la suite l'un de l'autre dont les plans de polarisation sont perpendiculaires, plus aucune lumière ne passe. Vous pouvez constater cela en jouant avec deux paires de lunettes solaires "Polaroïd".

Si vous introduisez entre eux un objet transparent où la mise en œuvre a induit des tensions, ces zones de tension font elles aussi tourner le plan de la lumière et vous obtenez des images irisées du plus bel effet.

J'utilisais pour cette démonstration un de ces raviers à fruits thermoformés que nous connaissons tous. Et l'on pouvait voir très nettement au sein de l'image irisée les quatre ronds noirs correspondant aux trous présents au fond de ces raviers.

Je demandais alors au public la raison de la présence de ces orifices mystérieux. Et devant leur silence, leur déclarais qu'il ne servaient pas à évacuer le jus résultant de la dégradation des fruits consécutive à leur abandon plus ou moins prolongé au sein du frigidaire, antichambre de la poubelle comme chacun sait, mais simplement à éviter l'emprisonnement de l'air entre deux raviers lors de leur empilement à la sortie de la machine servant à leur fabrication.

L'évocation de ce jus suspect faisait naître sur le visage des enfants de merveilleuses grimaces de dégoût. Il y en a même qui se tâtaient les doigts, comme si ça collait ! Preuve du bien fondé de mon hypothèse.

Et j'en viens aux enfants : leur faculté d'émerveillement est sans limite. L'ennui, c'est que leur dynamisme l'est aussi. Si, déjà avec les "grands" il faut veiller au grain (le matériel scientifique ne résiste pas à tout), avec les enfants, particulièrement ceux ayant bénéficié des méthodes d'éducation modernes, y a de quoi faire ! J'en ai rattrapé un d'environ trois ans qui se hissait sur un tabouret à la force du poignet, les mains solidement agrippées aux oculaires d'un des microscopes de laboratoire.

Est-ce que les Directeurs ont des enfants ?

Microscope


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24 février 2009

À la demande générale... de Teb

Pour la gouverne de Teb qui s'inquiétait de la chose, la petite nappe sous l'alimentation dans la photo du message d'hier a été réalisée par mon épouse alors qu'elle était encore à l'école (c'est vous dire si c'est neuf).

Elle (Teb) m'avait pris au sérieux lorsque je lui parlais de mon travail au point de croix. Chose promise, chose due, je lui montre l'abécédaire que j'avais commencé il y a bien longtemps et qui est suspendu à la lettre Q.

Croix_01

Et quelques vues rapprochées ?

Croix_02

Croix_03

Croix_04


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16 février 2009

Mini musée

Dans l'unique classe de cette école avec laquelle je vous bassine depuis un petit temps, se trouvaient deux meubles extraordinaires : une grande armoire vitrée en pin teinté et verni et ... un coffre-fort !

Et quand je dis "coffre-fort",  je ne parle pas d'un machin de chambre d'hôtel. Le cancre y entrait facilement. Même qu'un jour on avait refermé la porte sur lui et qu'il en était ressorti à moitié étouffé. Quelle bête ! (le coffre, pas le cancre) la porte et les parois faisaient au bas mot vingt centimètres d'épaisseur. Aujourd'hui encore, je ne parviens pas à imaginer à la suite de quelles circonstances il avait pu échouer là. Mais il y était, occupant un coin entre la fenêtre et le tableau de marbre noir poli. Sauf pour le coup du cancre, je ne l'ai jamais vu fermé, il servait de rangement pour un tas de matériel hétéroclite.

Assez pour cette pièce de mobilier incongrue. Venons-en à l'armoire vitrée. Seul le haut l'était. Le dessous était une sorte d'énorme buffet et contenait du matériel scolaire : livres, cahiers, encres, plumes, crayons, touches, ardoises, papier dessin, aquarelle, couteaux à casser (les ancêtres des "cutters") qui n'effrayaient alors personne. Rien que de très classique, en somme, sauf qu'il y en avait à profusion : les études étaient vraiment gratuites à l'époque pour ce niveau d'enseignement.

Mais c'est la partie vitrée qui était la plus étonnante : c'était une sorte de cabinet de curiosités. On y trouvait (liste non exhaustive)

  • Une molaire d'éléphant (la Belgique disposait d'une énorme colonie africaine)
  • Un tas d'outils de pierre taillée, percuteurs, grattoirs, pointes de flèches, haches et une hache en pierre polie d'un fini irréprochable (Spiennes et ses carrières de silex se trouvait à quelques kilomètres et il suffisait d'y suivre un agriculteur retournant les champs voisins pour y faire d'intéressantes découvertes)
  • Une étonnante collection de fossiles divers et particulièrement l'empreinte, sur une plaque de schiste de plus de soixante centimètres de long, d'une fougère du carbonifère (rapportée du charbonnage local par le père d'un des élèves)

La collection allait s'enrichissant au fil des dépôts. Un jour, un innocent avait dégoté dans je ne sais quel grenier un livre de comptes d'un menuisier-charpentier de l'époque où les Autrichiens et les Français occupaient alternativement la région. Ça n'a pas raté, nous nous sommes plongés dans de merveilleux calculs d'équivalence grâce à ce maudit artisan qui avait pris un malin plaisir à noter le détail de ses gains et de ses dépenses. Comme si ça ne suffisait pas avec le système sexagésimal des degrés, minutes et secondes, nous avons eu droit au vicésimal des sols et au dodécimal des deniers...

Allez, à votre avis : combien de liards dans une livre tournois ? VDM, comme dit l'autre !

molaire


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06 février 2009

Le chemin de l'école

Par le fenêtre, ce matin, j'aperçois une jeune femme. Elle est grande et marche d'un bon pas. Elle pousse... une poussette. À ses côtés, un petit garçon. Son allure est étrange : mi pas rapide, mi course. Il est pressé, stressé déjà, tricotant de ses petites jambes pour se maintenir au niveau de sa mère.

Et je me revois sur le chemin de l'école primaire, plus âgé que lui, bien sûr. Mais quelle différence !

Après trois cents mètres de chemin en terre battue où, tel un preux chevalier, je décapitais au passage les herbes folles du bord de la Haine qui roulait en contrebas ses eaux, noires de charbon, je franchissais la rivière pour saluer mon ami le pontonnier. Je sautais alors à pieds joints sur les dernières poutres de bois pour faire sursauter le tablier du pont enjambant le canal et le faire cogner contre son verrou.

Je passais devant le "Café de la marine" (dit "Au coup d'happiette") et, quelques dizaines de mètres plus loin, devant une sous-station électrique. Elle me paraissait mystérieuse, entourée de ses hauts murs dont dépassaient les cimes de quelques arbres. C'est qu'elle semblait indépendante de la centrale thermique dans la cour de laquelle j'habitais. Cela ne manquait pas de m'inquiéter : des réseaux séparés à quelques mètres de distance...

r_frig_rantLes alentours de cette sous-station avaient une étrange particularité. Les tours de réfrigération de la centrale où travaillait mon père crachaient jour et nuit dans le ciel leurs nuages de vapeur et certains jours, le vent rabattait ceux-ci dans la direction de l'endroit, ce qui fait que par beau temps il y pleuvait souvent et qu'en cas de gel, la route y était verglacée.

Une centaine de mètres plus loin, il fallait franchir une petite rivière. Quel contraste avec la Haine ! Ici, pas de courant visible et des eaux absolument limpides. Du côté que j'estimais être l'amont, elle surgissait de sous un bouquet d'arbres, elle était remplie de plantes aquatiques et des touffes de massettes agrémentaient ses bords. De temps à autre, l'éclair d'un petit poisson ou le "plouf" d'une grenouille. De l'autre côté, elle semblait s'évanouir dans les prairies. Peut-être, après tout, était-ce plus un étang qu'une rivière ? Je ne le saurai jamais : et le poste et la "rivière" ont disparu lors du creusement du canal à grand gabarit.

Un peu après le pont, je tournais à gauche, longeais l'arrière de quelques maisons, passais derrière une ferme et pénétrais dans les prairies qu'un sentier traversait, longeant un mur de briques dangereusement penché. À chaque clôture, il fallait franchir un tourniquet, sorte de croix en fer forgé plantée sur un piquet de bois et qui, en tournant, grinçait délicieusement. À force d'y passer, je reconnaissais le chant spécifique de chacun d'entre eux. Sur ce bout de trajet, j'avais le cœur battant : mes copains m'avaient raconté tant d'histoires de charges de taureaux furieux, alors qu'il ne paissait là que de paisibles vaches...

Je remontais alors un chemin de terre pentu pour déboucher... près de la boucherie qui constituait un des coins du carrefour dont mon école en était un également. Les deux autres étaient, bien évidemment, des bistrots (en Belgique, on dit "cafés"). La boucherie arborait fièrement une pancarte signalant qu'on y vendait de la viande "indigène du pays".

Le boucher, lui, se trouvait généralement dans le café qui faisait face à l'école. Et nos journées étaient rythmées par les cris de son épouse qui l'appelait dès qu'un client se pointait.

Quel temps heureux, où l'école était un vrai bonheur et son chemin un rêve, à travers ce paysage immuable et pourtant chaque jour renouvelé.

massette


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01 février 2009

Idée lumineuse

Un beau jour, je reçois pour ma Saint-Nicolas un des premiers exemplaires de "L'œil magique". Un truc dont on ne voudrait plus aujourd'hui, du moins dans cette version primitive, mais qui pour ces années cinquante faisait figure de jouet à la pointe de la technologie.

Il s'agissait d'un fond de carton sur lequel étaient disséminés de petits plots métalliques. Du boîtier cartonné contenant le fameux oeil (une vulgaire ampoule électrique comme on en utilisait pour l'éclairage des bicyclettes) sortaient deux fils terminés par une fiche mâle.

Une série de cartons illustrés et perforés à l'endroit des plots était fournie avec le jeu. Il suffisait d'en disposer un dans le fond de la boîte pour disposer d'une série de questions et... de réponses. Si au moyen des fiches vous touchiez le plot d'une question d'une part et celui de sa réponse de l'autre, miracle, la loupiote s'allumait.

Les plots des questions étaient disposés en colonnes régulières, ceux des réponses semblaient l'être de façon aléatoire, sauf quand vous mettiez en place le carton comportant une carte de Belgique où leur position correspondait à l'emplacement des villes et rivières principales du pays.

L'ayant étrenné, je demandai à pouvoir l'emporter à l'école le lendemain pour le montrer à l'instituteur.

Je pensais l'étonner, il n'en fut rien. Lorsque je lui montrai la chose, il déclara simplement : "Astucieux !"

Je rentrai donc chez moi en proie à une profonde déception.

De retour à l'école, le lendemain, stupéfaction : sur le bureau du maître, des mètres et des mètres de fil de sonnerie (à l'époque ce fil était isolé par une gaine en fil de coton), quelques piles (il n'y en avait alors que des plates), quelques petits sockets en bakélite munis de leur ampoule   et des boîtes d'attaches parisiennes. Pour le reste du matériel, carton Lyon et papier grand format, il y avait du stock sur place.

Les enfants, nous dit-il, votre condisciple a eu la bonne idée de nous montrer un merveilleux jouet didactique. Je vous propose d'en découvrir le principe et, tant qu'à faire, d'en réaliser quelques exemplaires qui nous seront bien utiles.

Ça nous a pris quelques jours pour coller le papier sur le carton,  clouer le carton sur un cadre en bois, reporter sur le papier la carte de Belgique figurant sur celle en toile cirée destinée à être suspendue devant la classe, établir la liste des données, perforer les panneaux aux endroits ad hoc, passer les attaches dans les trous, relier entre elles au moyen du fil celles qui se correspondaient.

Si bien qu'à la fin de l'année, nous avons pu passer notre épreuve de géographie sur mon bête jeu version maxi. Nous avions fabriqué nous-même les instruments de notre supplice !

VDM, comme dit l'autre...

parisienne

belghydro


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30 janvier 2009

Une brique dans le ventre

Le Belge est réputé avoir "une brique dans le ventre".

Je dois être un mauvais Belge car je ne suis propriétaire d'aucune brique. Pourtant, un jour, j'en ai eu une. Une que, pour tout dire, j'avais fabriquée moi-même. Hélas, je ne l'ai plus, elle a été intégrée à un muret...

Un jour, notre instituteur nous emmène voir la briqueterie locale. En émigré carolorégien habitué aux industries lourdes je fus fort étonné en arrivant sur les lieux de ne découvrir aucune construction, seulement quelques individus qui s'activaient au bout d'un champ.

En gros, les gaillards procédaient comme suit : ils tassaient dans des moules de l'argile extraite sur place. Ils démoulaient les briques crues et en constituaient des lits séparés par des claies. Ils arrêtaient de superposer les lits lorsqu'ils avaient obtenu un édifice qui, selon mon souvenir, devait faire une surface au sol de grosso modo six mètres sur trois et une hauteur d'environ deux mètres. Plusieurs de ces parallélépipèdes étaient alignés côte à côte. Il arrivait un temps où les briques du tas le plus ancien étaient sèches. C'est alors qu'ils le démontaient pour le reconstituer un peu plus loin en alternant couches de briques et de charbon.

Nous n'avons pas assisté à l'allumage ni à la cuisson (elle durait plusieurs jours). Lorsque nous sommes arrivés, ils étaient en train de trier leur dernière production. Il faut dire qu'avec cette méthode artisanale, la qualité était très irrégulière. Entre les briques fendues, tordues, friables, partiellement vitrifiées, le rendement n'était pas terrible.

Nous avons donc interrogé les ouvriers, puis nous sommes repartis non sans emporter, le cancre de service et quelques costauds aidant, quelques seaux d'argile.

Rentrés à l'école, le maître nous a déclaré : pour demain, vous apporterez une petite caisse ou boîte pas trop grande, nous allons fabriquer des briques.

Rentré chez moi, la puce à l'oreille, je demande à mon père : "Pourrais-tu me fabriquer une petite boîte sans couvercle de dimensions intérieures 6x4x2 cm ?"  "Un jeu d'enfant", me répondit-il et en quelques minutes, la chose était faite à partir d'une boîte à cigarillos.

Le lendemain à l'école, bingo ! Fallait calculer le volume de la boîte. J'ai eu fini le premier.

La suite fut moins drôle, nous avons rempli nos boîtes d'argile bien tassée, démoulé, nous avons pesé nos briques crues, déduit la densité de l'argile, constaté qu'elle n'était pas la même pour toutes les briques etc.

Après ça, nous avons mis à sécher nos briques dans la grande salle voisine de notre classe.

Nous les avions presque oubliées lorsqu'un jour l'instituteur nous annonça "Nos briques sont sèches, nous allons les cuire. Dans le poêle nous avons empilé papier, bois d'allumage, charbon, briques, charbon... et nous avons bouté le feu.

Le lendemain, nous avons extrait nos briques du poêle refroidi. Beaucoup, surtout les plus grosses, avaient éclaté. La mienne, la plus petite de toutes avait résisté. Nous avons repesé et remesuré celles qui étaient entières. Vous savez quoi ? Elles avaient rétréci ! J'ai dû passer au calcul écrit...

brique1


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28 janvier 2009

Enfer et damnation

Suite à ce déménagement qui m'avait donné le bonheur de rencontrer Maria, je débarquai dans une nouvelle école primaire. C'est là que, pour la première fois, j'ai rencontré Dieu (ou, en tout cas, son représentant).

Paradoxalement, bien qu'ayant été baptisé, je n'en avais jamais entendu parler avant.

En fin de matinée de mon premier samedi dans cette nouvelle école, le curé du patelin a débarqué, s'est installé au bureau du "maître" et nous avons commencé à lire un des chapitres d'une sorte de condensé de la Bible à l'usage de la jeunesse laborieuse.

Quand j'y repense aujourd'hui, cela ne laisse jamais de m'étonner : l'école appartenait au réseau communal, officiel donc, et personne n'avait consulté mes parents sur la question de l'enseignement religieux. Moi, ça faisait mes affaires : un bouquin de plus à lire ! Il était illustré car je me souviens d'une gravure qui m'avait fort frappé : on y voyait Absalom pendu par les cheveux à son chêne tandis que Yoav s'apprêtait à le transpercer de sa lance.

À ce point de l'histoire, ça restait amusant : ce n'était qu'une... histoire.

C'est devenu moins drôle lorsque commença la préparation à la communion solennelle. Par tradition peut-être, mes parents qui ne s'étaient mariés que civilement, tenaient à ce que je la fasse. Me voilà donc embarqué dans la catéchèse avec l'irruption du bien et du mal, du péché, du châtiment, du paradis, du purgatoire, de l'enfer, des limbes même !

Une vision du monde bien dans la ligne du Dieu jaloux, vengeur et vindicatif de l'ancien testament. Le tout enseigné par un prêtre asthmatique qui se fût trouvé mieux dans une maison de retraite qu'au milieu d'enfants turbulents et d'acolytes buveurs de vin de messe.

Durant cette période, je me posais une étrange question : "Si Dieu me proposait d'envoyer tout le monde au paradis moyennant ma propre damnation éternelle, accepterais-je ?"

Interrogation stupide s'il en est. On ne sait que trop bien depuis la femme de Lot comment Dieu conclut ses marchandages.

N'empêche qu'au bout de deux ans de pratique religieuse et d'endoctrinement, je rêvais de devenir prêtre. Ne fut-ce que pour l'étonnant prodige de faire surgir Dieu au bout de mes doigts par une sorte de formule magique.

Le curé ne se tenait plus de joie, il rendit même visite à mes parents pour s'enquérir de leur éventuelle acceptation de ma vocation (précoce, faut-il le préciser). Ceux-ci n'élevèrent aucune objection, pour peu que ce fût réellement mon choix et, à mon intense stupéfaction, parlèrent même de régulariser leur mariage au plan religieux.

Par bonheur, il y avait le célibat des prêtres et... Maria !

Bien que je n'eusse pas encore à l'époque embrassé la moindre fille (et il s'en faudrait de longtemps encore) mon imagination fertile me fit entrevoir ce que pourrait avoir d'insupportable toute une vie à l'écart des femmes. Cela mit une fin abrupte à ma vocation.

C'est depuis lors que je voue à la gent féminine une gratitude et une admiration sans bornes.

Absalom


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25 janvier 2009

Santé, Émile !

vandervelde

Sur la photo qui trônait, bien en évidence, au-dessus de la cheminée, chez mes grands-parents maternels, Émile Vandervelde était un peu plus âgé que sur celle-ci.

Dans ce logis d'ouvrier carrier, socialiste convaincu, son portrait tenait lieu de crucifix.

Ce gaillard à l'énorme carrière politique, président de la Seconde Internationale, est resté célèbre dans mon pays, bien longtemps après sa mort, pour avoir fait voter une loi que l'on désigna par son nom.

Cette loi avait pour but de combattre l'alcoolisme en interdisant la vente d'alcools forts (plus de 18°) dans les débits de boisson ainsi que la vente en magasin de ces mêmes produits en quantité inférieure à deux litres.

Votée en 1919, elle contribua fortement à enrayer ce véritable fléau (aidée, il faut le dire, par les Allemands qui avaient durant la grande guerre démantelé la majorité des distilleries pour récupérer le cuivre de leurs alambics).

Cette loi, tombée en désuétude — elle n'avait dû son efficacité qu'aux salaires de misère de l'époque de sa promulgation —, ne fut abrogée qu'en 1983. Aucun magasin ne l'appliquait plus depuis longtemps, sauf une chaîne d'obédience néerlandaise pour qui la loi était la loi. Ce qui valait à ses clients, dont j'étais, d'avoir les bars privés les mieux fournis du royaume.


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14 janvier 2009

Allons en France

Ce matin, nous dit le moniteur, nous allons en France !

C'était mon premier séjour dans cette colonie de vacances organisée par la société où travaillait mon père. J'étais dans la section des benjamins, celle que les moniteurs — tous des routiers d'une grosse unité scoute catholique de Charleroi (Albert 1er) — avaient organisée comme une Meute.

On nous rassemble donc dans la cour. Dans ma candeur naïve, je m'attendais à sortir par la porte côté rue et à monter dans un car ou à prendre à pied le chemin  pour une excursion vers la France. J'étais tout excité : jamais je n'avais quitté la Belgique.

Voilà-t-y pas qu'au lieu de cela, nous nous dirigeons vers le fond de la cour et pénétrons dans l'immense prairie en pente qui nous servait de terrain de jeu et où je ferai, quelques années plus tard, ma première triangulation.

Nous suivons la pente, traversons tout le pré et franchissons la clôture aux fils de fer barbelés, nous traversons un bosquet d'aulnes et arrivons à une rivière : "L'Eau Noire". Elle ne payait pas de mine, mais nous avons malgré tout dû nous déchausser pour la franchir.

De l'autre côté, nous nous installons sur le tronc d'un épicéa solitaire culbuté par le vent, sa rosace de racines superficielles dressée à la verticale. Tandis que nous remettons nos chaussures, le moniteur s'exclame : voilà, nous sommes en France !

Merde ! Heureusement qu'il l'avait dit, je n'aurais rien remarqué ! Et vous savez quoi ? La France, c'était tout pareil à la Belgique : même paysage, pas même un parfum particulier. J'aurais cru que ça sentait la liberté, l'égalité, la fraternité même ! Rien, des prés et plus loin de rares champs.

Le temps d'aller, en haut du versant, jeter un œil dans un petit fortin abandonné, sombre abri de béton où la voix résonne étrangement et nous avons pris le chemin du retour.

Quelques jours plus tard, nous irons à Rocroi. Là, je comprendrai que la France, ce n'est quand même pas tout à fait la Belgique.

Aujourd'hui, sur Google Earth, je suis allé voir le village. La définition est beaucoup moins bonne que pour mon domicile. Mais on repère facilement l'endroit. L'ancien couvent, transformé en collège puis en centre de vacances est toujours là. La frontière, en jaune, suit le cours de l'Eau Noire

Sur la vue satellite, le marronnier — devant lequel, chaque matin ensoleillé, j'allais, assis dans une petite dépression du terrain, chauffer aux rayons du soleil montant un dos rachitique — couvre de son imposante couronne l'entièreté de la cour et cache même une partie du bâtiment. Il se situe sous le "C" de Petite-Chapelle, puisque tel est le nom de ce charmant village où, sans être inscrit dans aucun mouvement, j'ai pratiqué le scoutisme, deux semaines par an, pendant des années.

Petite_Chapelle


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09 janvier 2009

Greta

Lundi, mon épouse et moi assistions à un office de funérailles en l'église de Bertem. C'est une dame qui conduisait la cérémonie, une diaconesse sans doute. Le rite était destiné à la maman de mon dernier supérieur hiérarchique (du moins en ce qui concerne le volet technique de mon travail). Je me suis dit que c'était peut-être l'occasion de vous en parler. Mais non, pas de mon travail, de mon chef !

Elle s'appelle Greta, c'est une ravissante (entendez par là qu'elle me ravit, moi en tout cas) petite Flamande. Elle possède une voix légèrement rauque et parle français avec un délicieux accent. Elle est dotée d'une intelligence brillante et est d'une extrème gentillesse. Elle a pourtant du caractère et, la première fois que je l'ai vue s'emporter, j'ai été sidéré, tellement je m'attendais peu à une telle réaction de sa part.

Nous nous pratiquons depuis bientôt vingt ans et sommes devenus les meilleurs amis du monde. Elle a, à mes yeux en tout cas, une étonnante caractéristique : plus je la vois évoluer en âge, plus je lui trouve de charme. Bien sûr, quand je le lui dis, elle rit.

Il y a quelques années de cela, je me trouvais dans son bureau et suite à je ne sais quelles circonstances, elle en vient à me dire en se frappant les hanches : "Regarde, je suis trop grosse !" Et moi de lui répondre : "Chef, seule votre connaissance imparfaite de la langue française peut vous faire déclarer cela, vous n'êtes pas grosse, vous êtes somptueuse". Elle s'est précipitée sur son Robert et Van Dale.

Un autre jour, dans le labo de mon amie Jaja (mais non, pas Janeczka, cette Jaja-ci), quelques unes de ces dames s'extasiaient devant le charme d'un nouvel engagé (je tairai son nom pour ne pas le faire rougir, je dirai seulement qu'aujourd'hui, il joue les experts en criminalistique) lorsque Greta déclara "Moi, je préfère les hommes mûrs".

Mais non, je ne me suis pas redressé en rentrant le ventre, je ne me suis pas senti concerné : elle n'avait pas dit "blets", non plus !

Greta1Greta3Greta4


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