Quand j'étais boy-scout
Dans l'unité où mes enfants étaient louveteaux, on organise une fête. Mon épouse et moi y assistons en parents consciencieux. J'y fais quelques photos dont je réalise un album que je remets à la cheftaine de Meute en lui déclarant que tout cela m'avait rappelé le temps heureux où j'étais moi-même "chez les scouts" .
Elle me dit "Nous cherchons un Chef d'Unité, le nôtre n'a repris le poste que par interim et voudrait quitter le mouvement, ça vous intéresse ?".
Tenté par la proposition, je consulte mon épouse. "Tu fais comme tu veux" me dit-elle "Mais je ne m'en mêlerai pas, je ne connais rien au scoutisme".
Je rencontre donc celui qui allait devenir mon prédécesseur, puis tout le staff d'Unité, pose ma candidature et suis élu Chef d'Unité (aujourd'hui on dit Responsable d'Unité, sans doute de mon temps étions nous tous des irresponsables et on a jugé bon de préciser les choses).
Au bout de quelques mois, notre maison (un appartement en fait) tient porte et table ouvertes. Et qui cette belle jeunesse vient-elle consulter, suivant le confesseur comme un chiot de la cuisine à la salle à manger et inversément ?
Mon épouse ! Celle qui ne se mêlerait jamais de rien, mais dont le sens du contact social, la chaleur humaine et le solide bon sens font merveille au milieu de ces grands ados et jeunes adultes.
Ils l'adorent, malgré qu'elle ne se gêne jamais pour leur dire leurs quatre vérités, ces choses qu'ils tentent de se cacher si soigneusement, ces choses qui, lorsque c'est moi qui les évoque, leur font tirer la gueule...
Et il ne s'y trompent pas. Un soir, lors de ma visite de leur camp en Haute Savoie, le staff de la troupe des Eclaireuses décide de faire don d'un totem à cette étrangère au mouvement.
Elles l'ont baptisée "Mangouste" (vous savez cette bestiole qui s'attaque aux cobras) et pour qualificatif lui ont attribué "droit au but", acquis bien évidemment !
Il y a plus de trente ans de cela et aujourd'hui, sur Facebook ou IRL, les échanges continuent entre ma femme et mon ex-staff. Et c'est pareil pour ma famille et mes ex-collègues.
Elle est pas belle la vie ?
Tentative de prise de vue pour couverture de programme de bal d'Unité
Brelevenez
Juste pour le fun et pour imiter Berthoise qui faisait remarquer à Joe Krapov qu'elle aussi était allée à Amiens, je signale à ce même Joe que, moi aussi, je suis allé à Brelevenez (et à Amiens, et à Rennes) mais c'était il y a bien longtemps.
Y avait quand même déjà des photos numériques :
J'aime les filles !
Sur le blog d'Adrienne, le jour de mon anniversaire, on parlait de l'égalité des sexes.
Dans les commentaires, Adrienne me demandait si j'avais regardé les vidéos renseignées par Caro.
La réponse est "Oui, j'ai vu !"... et pour tout dire, dans ma longue existence, j'ai vu bien d'autres choses. Si je ne suis pas assez âgé pour avoir connu la grande époque des suffragettes anglaises, ni celle des ligues féminines américaines, je le suis assez pour avoir connu dans mon pays la concession du droit de vote aux femmes pour les élections parlementaires (c'était en 1948).
Après ça, plus rien ne m'a été épargné échappé, des tigresses du MLF aux chiennes de garde, et je passe sur les Groult, de Beauvoir et autre Badinter.
Mais rien ne vaut l'expérience personnelle :
L'ONU déclare mille-neuf-cent-septante-cinq année internationale de la Femme. Cette année-là, je viens d'être élu Chef d'Unité et, conscient de mes devoirs envers les jeunes dont je supervise l'encadrement, je participe à l'annuel Congrès des Chefs d'Unité organisé par la Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs.
Lorsque je débarque, plein d'allant, sur le lieu du congrès (en l'occurrence l'ancienne abbaye de Brogne à Saint-Gérard transformée en auberge de jeunesse), admirant au passage la pancarte "Congrès des CU" trônant dans la parking de l'institution, les organisateurs me tombent sur le paletot.
"Vous, le nouveau, au nom de la coéducation, vous êtes désigné volontaire pour participer au groupe de discussion sur l'année internationale de la femme, il n'y a que des filles inscrites pour l'instant !"
À l'heure dite, je pénètre dans la salle réservée au groupe que j'ai choisi (Tonton, pourquoi tu tousses ?), prends place sur un siège au milieu de quelques représentantes du beau sexe (je ne dis pas faible, je ne suis pas fou !) et immédiatement, mes phéromones mâles font leur effet sur ces dames :
Elles me jettent des regards aussi accusateurs qu'assassins et m'exposent avec énergie, leurs griefs vis-à-vis du mouvement, de leurs conjoints, du monde en général et de moi, en particulier, au point que je me demande comment les cons qui m'ont choisi "Merle moïsiaque" (on ne rit pas !) comme totem ont pu passer à côté de "Bouc émissaire" qui eût bien mieux convenu en la circonstance.
Après qu'elles m'aient épluché par le détail les statistiques de la composition des staffs de tous les niveaux de la fédération, pour constater que plus on s'éloigne de la base, plus la proportion de femmes présentes à chaque niveau diminue, pour se terminer, outrage ultime, par la présence d'une unique femme parmi les douze membres du Conseil Fédéral, elles me posent LA question :
"Pourquoi ?!?"
Si la vigueur de leur attaque m'a un brin désarçonné, elle ne m'a pas enlevé mon sens de l'analyse (on est chimiste ou on ne l'est pas) et je risque, d'une voix calme et posée, l'hypothèse qui me paraît la plus plausible, l'accès à ces postes étant dans notre grand mouvement démocratique sujet à élections : "Peut-être n'y a-t-il pas assez de candidates ?"
C'est là que j'ai enfin vraiment compris ce que devait être la position des pandores évoqués par Brassens au milieu des furies du marché de Brives-la-Gaillarde.
"Les enfants !"
"Les repas !"
"Le boulot !"
"Le mari !"
"La lessive !"
"La maison !"
"L'école !"
J'ai échappé de peu aux coups de mamelles et j'ai risqué un faible : "Stéréotypes !" en refermant derrière moi le battant de la porte où s'est fiché le "Bowie knife" lancé par une main vigoureuse.
Fiesta belga
Aujourd'hui, c'est la fête nationale de mon pays à vau-l'eau. On ne voit pas très bien ce qu'il y a à fêter, mais on le fête quand même, on ne sait jamais. Le Belge n'est pas à un illogisme près !
J'en étais à me demander quelle pouvait bien être ma nationalité, moi qui suis né d'un père flamand et d'une mère wallonne pendant l'occupation allemande, lorsque le speaker de Klara (la chaîne musicale classique néerlandophone) a parlé de Mozart. Sur la chaîne culturelle flamande, on est regardant sur les prononciations d'origine : on dit " Môtzart' ". On y fait aussi confiance à la large culture des auditeurs de la chaîne : on ne traduit pas les interviews faites en français ou en anglais, même si ça peut paraître étrange dans un pays(?) où la question linguistique fout la m... à plein pot. Ce qui m'a un jour valu d'entendre sur la même chaîne l'interview en VO (en français mâtiné de portugais) de l'archévêque de Recife, mais passons.
Ce " Môtzart' " m'a subitement rappelé que le premier spectacle dont j'ai gardé le souvenir est le Werther de Massenet. Quand je dis souvenir, c'est vraiment très vague (j'avais forcément moins de trois ans) : un personnage en habit verdasse se lamentant dans un décor fade sur la scène du Palais des Beaux-Arts de Charleroi.
Mes parents m'ont raconté qu'à cette occasion, j'avais frappé fort : je me serais écrié : "Oh, des Boches !" lorsque deux officiers allemands étaient venus s'installer dans les sièges devant les nôtres. Ils se seraient retournés en souriant et auraient murmuré : "Ne vous inquiétez pas, ce n'est qu'un enfant !"
Et après ça, Adrienne voudrait que j'aime l'opéra !
Toone
"Il va nous parler de marionnettes !" s'écrieront sans doute quelques connaisseurs du folklore bruxellois (à ce propos, vous savez que c'est l'Ommegang cette semaine. Oui, bien sûr, j'aurais dû m'en douter !). Mais ils auront tort !
Du temps où, à mon boulot, la population était exclusivement masculine (en dehors des secrétariats), nous voyons un jour débarquer notre chef de service (un petit plutôt enveloppé) flanqué d'un grand échalas dont il nous annonce qu'il l'a enlevé des labos de Monsieur B... pour le coller dans le nôtre.
Je n'ai pas l'heur de le connaître, mais les plus anciens de mes collègues le saluent d'un retentissant "Ah, Toone, comment ça va ?" Normal, le mec se prénomme Antoine et à Bruxelles, Antoine, c'est "Toone".
Si je ne le connais pas, je vais vite apprendre à le faire et le personnage est étonnant : il cumule avec sa fonction de chimiste celles d'entraîneur (je sais mon français est vieillot, maintenant on dit "coach") d'une équipe de basket féminine, d'épicier (ce qui nous vaudra d'être approvisionnés en légumes divers en provenance directe du marché matinal) et d'antiquaire. Bien sûr, tandis qu'il sévit chez nous, c'est son épouse qui tient l'étonnante boutique combinée. La revue Gault et Millau de l'époque renseigne d'ailleurs l'établissement dans sa rubrique "Endroits typiques" en conseillant de s'y rendre en soirée pour voir (je cite texto) "surgir une sorte de Mort Shuman des bords de la Woluwe".
Il passe donc quelques mois chez nous, partageant son temps entre la mise au point d'une centrifugeuse censée mesurer la distribution de la taille des particules des latex de PVC et un instrument à bulles prétendant mesurer la tension superficielle des dits latex. Si la machine à bulles est silencieuse, la centrifugeuse, elle, mène un tel raffut qu'on lui réserve une pièce que l'on doit quitter pendant qu'elle tourne.
Toone est, entre autres, réfractaire au port obligatoire des lunettes de sécurité qui viennent de faire une entrée remarquée dans les laboratoires. Cette attitude lui vaut des menaces de réduction de sa prime de fin d'année de la part de notre chef de service (avec lequel il est par ailleurs copain comme cochon, vu qu'il l'a logé chez lui durant ses études universitaires), menaces que nul ne peut ignorer, proférées qu'elles sont de la voix criarde et perçante du dit chef.
Arrive la fin de l'année et le temps béni des évaluations puis de l'annonce des éventuelles modifications de salaire et autres primes de fin d'année. Et qui qui redescend de chez le chef, le sourire jusqu'aux oreilles annonçant avec satisfaction qu'il a reçu un supplément de prime ? Toone !
La foule s'émeut quelque peu d'apprendre la chose alors que son attitude face au port des lunettes ne s'est pas modifiée d'un iota et commence à crier à l'injustice. Comme ils sont assez remontés, je dois bien m'enquérir auprès de ma hiérarchie de la réalité de cet étonnant miracle. Ce qui a pour effet une fois le téléphone raccroché, de faire surgir la dite hiérarchie qui tombe sur le râble du Toone, nous permettant d'assister médusés à l'étonnant dialogue hurlé suivant :
- Je ne t'avais pas dit de ne rien dire, Antoine ?
- Bah, ça m'a échappé, c'est pas grave !
- Si c'est grave ! Tu dois toujours faire marcher ta grande gueule !
- ...
- D'ailleurs je me demande si tu ne l'as pas fait exprès pour emmerder tes copains.
- Moi ?
- Oui, toi, c'est toujours la même chose avec toi. L'autre fois tu as dit à B... qu'il était con !
- Ben quoi, c'est pas un con B... ?
- Si, c'est un con B... , mais il ne faut pas le lui dire, surtout si c'est ton chef !
Ben voilà, on le savait maintenant pourquoi il avait débarqué chez nous le Toone!
Malheureusement je n'ai pas retrouvé de photo de lui, mais j'en ai une de Mort Shuman :

Un jour, j'ai eu mal aux dents
... ce n'était peut-être même qu'à une seule. Mais c'était l'enfer ! Je m'en souviens encore. La preuve : je vous le raconte.
Je crois que je n'ai rien connu de pire ni avant, quand je m'étais fracturé le poignet ou que j'avais dû faire demi-tour sur le chemin de l'école plié en deux par une crise d'appendicite aiguë, ni après, lorsqu'une hernie discale m'a envoyé sur le billard.
Non, rien de comparable à ce mal sourd, lancinant, continu qui vous vrille, vous taraude et vous fait "la tête comme un seau".
C'est vous dire si j'ai eu la vie dure...
Un jour, j'ai eu mal aux dents...
C'est la plus grande douleur qui, à ce jour, me soit advenue. Je suis gêné d'avoir à le confesser.
Autour de moi, des nuées d'êtres souffrent le martyre dans tous les domaines de leurs pauvres existences et moi, un jour, j'ai eu mal aux dents. Vous vous rendez compte ?
Oui ?
Moi aussi !
Qu'est-ce qu'on est con quand on est jeune ! (Et ça ne s'arrange pas avec l'âge, croyez-en ma douloureuse expérience...)
Comment ça m'est revenu ? En voyant sur le côté droit de mon écran la photo d'un corbillard à l'ancienne mode, vous savez, celui des funérailles d'antan qui suivait la route en cahotant.
Nous venions juste de déménager, mes parents et moi (et mon frère puîné). Il neigeait et faisait un froid de canard.
Dans mon nouveau patelin d'adoption, on venait de rapatrier la dépouille d'un soldat mort pour la patrie Dieu seul sait où sur le théâtre des opérations (et même, plus vraisemblablement, dans un quelconque stalag).
Avec mes copains d'école, nous faisions la haie, stoïques sous les flocons et la morsure du petit vent glacé.
Au pied de l'escalier menant à l'église (dont la toiture du clocher était dangereusement de guingois), toute la population du village avait fini par se rassembler, puisque les personnes disposées le long du trajet du cortège funéraire s'étaient intégrées à ce dernier au fur et à mesure de sa progression.
C'est donc là que nous avons eu droit aux discours de circonstance prononcés par quelques édiles communaux et autres présidents d'association d'anciens combattants ou prisonniers de guerre.
Au sortir de la guerre, en pleine question royale, on ne lésinait pas sur le patriotisme et les morts au champ d'honneur étaient encensés, portés aux nues même.
Pris par l'ambiance du moment et emporté par ma candeur naïve ( je sais que c'est un pléonasme, mais c'est pour me mieux faire entendre), je n'étais pas loin de jalouser le héros du jour lequel ne pipait mot, engoncé qu'il était dans son uniforme d'apparat en chêne massif.
Aujourd'hui où quelques enragés se verraient bien transformer ma ville en nouvelle Sarajevo, je me demande si cette exaltation n'était pas un brin surfaite. Qu'est-ce qu'on est con quand on est jeune ! (Et ça ne s'arrange pas avec l'âge, croyez-en ma douloureuse expérience...)
La Diane
Six heures moins le quart. Dans le coin sud-est de la chambre "le bruit" me signale que dans un quart d'heure le réveil va se déclencher. Ben oui, mon réveil-radio est réglé sur six heures, comme au temps béni où je devais me lever pour partir au boulot.
Ce "bruit" ne se produit qu'en période de chauffe. C'est une sorte de "tic..... tic.... tic... tic.." dont l'intensité diminue au fur et à mesure que sa fréquence augmente. Il doit provenir de la dilatation des tuyaux du chauffage central, même si le radiateur de notre chambre est toujours fermé. Comme il apparaît toujours à la même heure, je conclus que dans un des appartements voisins quelqu'un a installé un balbutiement de domotique enclenchant le chauffage à cet instant.
En l'oyant ce matin, je me suis subitement souvenu de mon ex-collègue et néanmoins ami, Jean. Pour être plus précis, ayant plusieurs ex-collègues et amis prénommés Jean, je dirai qu'il s'agit de ce Jean qui riait jaune lors de la visite d'Arthur.
Ce mec avait un bagout de Dieu le Père (bien qu'il se déclarât agnostique). Ainsi, le matin, il s'emparait de "La Lanterne" de Léon ("La Lanterne" était le journal local bruxellois de l'époque) et nous faisait la "lecture" de l'épisode du jour du feuilleton. C'était désopilant parce que cette lecture quoique faite sur un rythme régulier, s'éternisait et était truffée de détails en tout genre et souvent salaces totalement étrangers à l'intrigue.
J'ai pensé à lui parce qu'il avait aussi complété la légende du Dahut. Vous connaissez bien sûr : la bestiole gambade au flanc des Puys en tournant dans le sens trigonométrique, ce qui fait que ses pattes gauches sont plus courtes que les droites et que pour le chasser il suffit de le laisser passer puis de crier "Oh Dahut !". Il fait alors demi-tour pour voir qui l'appelle et il tombe.
Jean l'avait amélioré ainsi :
Bien entendu, vous ne verrez le dahut tourner sur son Puy qu'à la belle saison, car pour la saison froide, il quitte la Massif Central pour venir hiberner dans le chauffage central. Il est alors appelé "pied'quin" et vous pouvez entendre son cri si caractéristique se répercuter dans vos radiateurs : "Roubouloulouglouglou !"

Mon Vieux
L'autre jour (le temps passe si vite que j'ai déjà oublié le jour exact, mais pas les circonstances : c'était sur le viaduc de Vilvoorde en me rendant chez Makro), l'autre jour, donc, un animateur de la RTBF interviewait Daniel Guichard et, immanquablement, nous avons eu droit à cette émouvante chanson.
Laquelle chanson m'a fait souvenir de mon propre père que, sauf dans le titre de ce billet et contrairement au chanteur pour le sien, je n'ai jamais appelé "mon vieux". Je crois d'ailleurs que l'expression était peu usitée en Belgique francophone à l'époque de la sortie de la chanson. J'ai, de ma naissance à sa mort, toujours appelé mon père "papa" : on peut donner du "Monsieur" et du "vous" à son père, pas à son papa.
Bien sûr, à l'instar de Guichard, et comme tout un chacun j'imagine, je dois bien avoir à me reprocher, au temps de mon adolescence, l'un ou l'autre moment d'énervement ou d'incompréhension à son égard, mouvements qu'il ne méritait certainement pas : je n'ai guère connu d'individus aussi calmes et pondérés que lui. En l'évoquant, j'ai parfois des doutes sur la fiabilité de l'hérédité : ma façon d'élever mes propres enfants ne semblait rien devoir au calme olympien de mon paternel.
Il avait des principes : chez nous, pas d'achat à tempérament, on épargnait avant d'acheter, quelle qu'ait pu être la vigueur du désir. Là aussi l'hérédité me questionne, moi qui ai souvent vécu "en avance sur mon temps" comme j'en plaisantais volontiers moi-même.
Immigré économique de deuxième génération (sa mère avait déménagé de la région d'Anvers vers celle du Centre après la première guerre mondiale) il était devenu électricien, habile de ses mains, intelligent mais peu passionné de culture (entre son boulot, son jardin, sa maison, ses enfants où aurait-il trouvé le temps de lire ?)
Bref, un père aimant bien que taiseux, fiable, droit, serein, toujours présent. Quand, parcourant ces blogs où percent des enfances difficiles, je pense à lui, je me dis que j'ai été pendant longtemps bien inconscient de croire qu'une jeunesse heureuse est dans la nature des choses, sans trop me demander ce qu'elle a pu coûter à ceux qui me l'ont offerte.
De temps à autre, suscitant mes souvenirs, son image apparaît, fugace, au bord de mon écran. C'est la seule de lui qui figure sur mon ordinateur, résultat de la numérisation (pour je ne sais quelles raisons) d'une diapositive. C'est une image de vacances à la mer du Nord. Il est encore jeune, plus que je ne le suis moi-même aujourd'hui. Mais ce pourrait être n'importe laquelle de ses photos, il y serait pareil à lui-même : serein.
Et ne la ramenez pas avec l'hérédité, je sais, il avait des cheveux, lui !
Quinze (et une chasse)
Dans mon micro-réseau blogosphérique (les déplacements y suivent-ils les lois de la trigonométrie sphérique ?), un jeu a actuellement la cote : il s'agit de citer les quinze auteurs qui ont le plus marqué votre vie.
En remontant la chaîne des tags, je suis finalement tombé sur ceci sur le blog de Margotte :
En réponse au tag de Lali, voilà les 15 auteurs a qui je dois ma voracité littéraire… et qui m'accompagnent encore
Mais j'ai eu beau explorer le blog de Lali, je n'ai pas trouvé trace de l'origine du fameux "tag".
La dernière en date à y avoir répondu est Adrienne... et elle ne s'est pas contentée d'une liste. Son texte est un vrai bonheur. Tenter de faire mieux, ou ne fut-ce que de l'égaler, serait pure présomption. Je me contenterai donc de faire nettement moins bien.
Une bonne moitié des auteurs cités par tous ces blogamis me sont absolument inconnus ce qui est en soi réjouissant : la richesse de la littérature est telle que les quelques milliers de bouquins que j'ai lus ne sont qu'une goutte d'eau à côté du nombre de ceux que j'aurais pu lire (si j'avais choisi les bons, parce que je ne vois pas très bien où je serais allé cherché le temps d'en lire encore plus).
Parlons donc des seuls que je connaisse : ceux dont je me souviens parmi ceux que j'ai lus.
Si la Comtesse de Ségur m'a marqué, c'est de façon négative car je ne suis tombé pour ma première lecture sur aucune de ses œuvres tellement célèbres que même moi j'en connais les titres à défaut de les avoir lus. Non, je me suis farci "Histoire de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon" un ramassis d'horreurs avec peaux de bêtes pendant dans des placards que même Poupoune ferait mieux comme conte de fées. Exit la Comtesse donc !
Le premier auteur que j'ai lu est un collectif. En effet, dans ma petite enfance, le seul "livre" présent à la maison était... Le Petit Larousse ! Je me promenais dans ce machin comme je le fais parfois aujourd'hui sur le net : au hasard (mais le hasard existe-t-il ?) des liens et des références.
Ce n'est pas comme ça que ma liste va progresser, me direz-vous. Bon, d'accord ! Je vous cite d'abord le premier auteur que j'ai lu avec passion : Thomas Mayne-Reid et son "Les exilés dans la forêt" un monde étrange et inconnu où un couple de grands bourgeois et leur enfant fuyant je ne sais quelle révolution survivent à travers l'Altiplano et la forêt amazonienne grâce à l'aide d'un indien tout en continuant à se donner du "mon ami" et du "mon amie". Rien que ça vous change de votre vie au sein du "Pays Noir".
Mon "auteur" suivant fut Jigé et son extraordinaire vie de Robert Baden-Powell parue en feuilleton et en images dans le journal de Spirou.
Après cela, j'ai lu des centaines de livres des collections pour la jeunesse, livres écrits à l'intention des jeunes ou versions adaptées d'auteurs pour adultes. Glissons.
Un jour, dans le secondaire, devant préparer une élocution sur un auteur "moderne" j'ai acheté un bouquin intitulé "Saint-Exupéry par lui-même". C'était tellement bien foutu qu'au bout de plusieurs années j'ai fini par acheter et lire tout Saint-Exupéry et à peu près tout ce qui est paru à son sujet avant 1980.
Tant que j'en suis à ces auteurs dont j'ai tout lu, je citerai donc Amélie Nothomb (avec plus ou moins de plaisir selon les cas) et Daniel Pennac (ah, la tribu des Malaussène !).
Viendront ensuite ceux dont j'ai presque tout lu : Erik Orsenna (ah, Madame Bâ !), Jacqueline Harpman (Moi qui n'ai pas connu les hommes). Je passe sous silence, bien qu'ils appartiennent à la même catégorie toute une chiée d'auteurs de polars et je ne vous parle pas de la littérature fantastique sauf pour en extraire Jean Ray, Edgar Poe et Mary Shelley.
Il y a aussi ces livres improbables comme ce "Conquêtes et problèmes de la science contemporaine" écrit par Bernhard Bavink entre les deux guerres mondiales, trouvé chez un bouquiniste et qui, tout dépassé qu'il fût pour le côté technique, n'en posait pas moins très clairement les problèmes de l'éthique scientifique, ce qui ne m'a pas empêché de le mettre aux vieux papiers lors de mon déménagement.
J'ai même tâté de l'un ou l'autre philosophe comme André Comte-Sponville.
Quoi ? Il en manque encore trois ? Allez, en vrac et pour mille mauvaises raions : Gore Vidal (et son Julien), Umberto Eco (j'ai bien aimé "Lector in Fabula") et... Amin Maalouf tiens !
Que tous les autres que j'ai aimé, passionnément, m'excusent à défaut de me pardonner.







