Entre nous

Pas si intime en fin de compte

06 août 2009

Les Keis

L'autre jour, la voisine d'en haut à gauche (une noire assez mignonne, mais moins que la demoiselle qui vient garder ses gosses lorsqu'elle travaille) vient sonner à notre porte. Elle souhaitait nous emprunter du lait parce que ses petites filles refusent de dormir sans en boire , qu'elle était à court et que les magasins étaient déjà fermés. Elle a promis de nous en rendre une autre bouteille.

Sans doute exactement, dis-je à mon épouse, comme ces Hollandais qui, sur les campings et sous prétexte qu'ils se déplacent à vélo en transportant tout leur barda, vous empruntent du sucre, de la farine, du riz, des œufs, du lait, mais sans jamais parler de vous les rendre, où iraient-ils les chercher ? Ils sont là juste pour la nuit...

Et c'est là que m'est revenue cette histoire hollandaise (en Belgique,  nos voisins du nord sont réputés plus près de leurs sous encore que les Ecossais, c'est vous dire).

Il y a bien des années, nous campions dans la région de Saint-Vith, dans la partie germanophone de notre beau pays. Nous nous trouvions un soir devant notre tente lorsque débarque un peloton de Bataves. Ils installent leur campement, enchaînent leurs vélos, puis l'un d'eux se met à faire des crêpes sur un minuscule réchaud camping-gaz.

Je me dis qu'au train où ça progresse, il en a pour la nuit à nourrir le groupe. J'empoigne donc mon réchaud à deux becs, deux poêles et propose au cuistot de tripler sa cadence grâce à ce matériel supplémentaire. Il accepte et je retourne à mon poste d'observation.

Et là, j'ai vu qu'il n'était pas un Hollandais pour rien ! Non parce qu'il ne nous a même pas proposé une de ses crêpes, mais parce qu'il a continué à cuire sur mon réchaud après avoir rangé le sien pour économiser son gaz !

kaas

Pour la satisfaction de Val j'ai autorisé le clic magique, ce qui vous permettra peut-être de constater que la devise des Pays-Bas est rédigée en... français : "Je maintiendrai"


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23 juillet 2009

Fête nationale

Mardi, 21 juillet, c'était la fête nationale de mon pays déliquescent.

Mon épouse ne raterait pour (presque) rien au monde la retransmission du traditionnel défilé composite (militaro-civil) organisé à cette occasion. Ne fut-ce que pour s'assurer que ce dernier est bien arrosé par la "drache" nationale. Soyez rassurés, ça n'a pas raté, il a plu malgré le soleil prédit par la météo, l'honneur national est sauf !

Dans le brouhaha des commentaires, ô combien intéressants, une phrase attire mon attention : le premier régiment d'artillerie est engagé en Afghanistan !

Ben, merde ! Quand j'en faisais partie, on n'est jamais allés plus loin que Kassel (forcément, plus loin, c'était la bonne vieille RDA et le bloc de l'est : l'Ennemi de nos jeux guerriers de l'époque.

À ce propos, je me rappelle qu'un beau jour de l'année 1964, je participais, avec le bureau de tir, à des manœuvres d'état-major. Ces innocents trouvaient toujours utile d'emmener, à défaut des obusiers, les bureaux dans leurs déplacements.

Nous nous collons donc avec notre half-track sous un pommier au sommet d'une ondulation de terrain, question d'améliorer nos communications radio.

Au bout de quelques heures, le patron (un colonel BEM) se pointe dans sa jeep et se met à engueuler notre lieutenant : "Mais vous êtes fou, on vous voit à des kilomètres ! Trouvez un endroit plus discret !" Et il détale comme un lapin (cette image pour faire plaisir à Papistache).

Nous, nous dégottons une grange, dans une cour de ferme, et avec l'accord du fermier local nous nous y tapissons.

De réception radio, point. Le téléphone de campagne ? Illusoire, on n'avait jamais vu tirer de ligne de plus de cent mètres sans rupture d'au moins un des fils.

Trois jours ils ont mis à nous retrouver après la fin des manœuvres ! Nous n'allions même pas au ravitaillement, nous étions dans une ferme !

Comment ils ont fait ? Ben finalement, il y en  a un qui a pensé à remonter les fils du téléphone. C'est la première fois qu'ils servaient à quelque-chose !

armee001

Zut, j'ai pas retrouvé celle avec le casque !
Ah, oui, moi, c'est celui avec béret ;-)


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13 juillet 2009

Collègues

Hier, le Papistache me demandait comment j'étais considéré par mes anciens collaborateurs.

J'ai retrouvé un collage que ceux de 1989 avaient déposé sur mon bureau à l'occasion de la nouvelle année. L'arrière était pourvu d'un pied permettant de le faire tenir debout.

Vous me reconnaîtrez sans doute difficilement, il me restait quelques rares cheveux à l'époque et je n'étais pas encore bourré de cortisone.

Je vous invite, comme Papistache, à tirer les conclusions que vous inspire cet immortel chef d'œuvre... et à me les transmettre en commentaire.

Amusez-vous bien !


1989


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12 juillet 2009

Oscar

Rappel à l'ordre de Valérie. Cette môme est une esclavagiste. Elle me fait penser à un roman que j'ai lu à l'armée, en Allemagne, il y a longtemps, une nuit de garde dans un dépôt de munitions. "La Maîtresse de Fer" ça s'appelait, dur dur pour un paresseux !

Allons-y...

J'ai fait mes études terminales dans l'enseignement de la Province de Hainaut. La question du recrutement des professeurs de ces établissements m'a toujours taraudé. Une longue pratique (j'ai même doublé une classe pour approfondir la question) m'a fait conclure que pour accéder à ces postes il fallait, outre appartenir au parti socialiste au moins sur le papier, avoir un côté résolument folklorique. Le corps professoral étant pour le moins "coloré".

Un de ces braves enseignants m'a beaucoup marqué. Il s'appelait Dutronc et se prénommait Oscar. Mes copains de l'école normale de Mons, où il enseignait les mathématiques, lui avaient d'ailleurs décerné l'Oscar de la meilleure interprétation géométrique.

Chez nous, les chimistes, il enseignait, au fil des niveaux, la physique, la physico-chimie et la thermodynamique. Je faisais son désespoir car je ne semblais pas me passionner pour les matières qu'il enseignait alors qu'il avait cru déceler chez moi un soupçon d'intelligence.

En quoi était-il folklorique ?

Il avait un physique (sans jeu de mots) à mi-chemin entre Tournesol et Einstein, roulait ses cigarettes d'une seule main sur le plat de sa cuisse, avait des ongles de plus d'un centimètre jaunis par l'abus de tabac et, cerise sur le gâteau, parsemait son cours d'expressions en patois local. C'est l'unique professeur avec qui j'aie correspondu après mes études.

C'était un excellent pédagogue, même lorsqu'il tournait les pages de son propre cours en déclarant : "Littérature, je passe !", pages que vous n'aviez pas, vous, à passer, il va sans dire.

Il arrêtait parfois le débit régulier de son exposé pour prendre un air sentencieux et lâcher une déclaration étonnante. Ainsi lors de son cours sur l'effet des parois froides, martelait-il soudainement "Les marmites à pression périssent par le joint !" Non, il n'en fumait pas ! Qu'allez-vous donc imaginer ?

Dans son domaine et en maths particulièrement, c'était un génie. Ce n'est pas pour rien qu'il ressemblait à Einstein.

À ses débuts, il avait travaillé pour le chanoine Lemaître, celui qui a imaginé la théorie du Big Bang. Il réalisait pour lui des calculs astronomiques, à la main, à l'époque les ordinateurs n'existaient pas. Il l'a quitté, excédé par la manie qu'avait son patron d'interrompre les séances de math pour jouer du piano, manque total de sérieux !

Dans l'enseignement, il s'était fait bloquer dans sa carrière suite à la merveilleuse prestation suivante :

À la fin de la démonstration d'un théorème qu'il effectuait pour ses élèves, l'inspecteur qui suivait la chose quitte le fond de la classe, monte sur l'estrade, s'empare de la craie, efface les deux dernières lignes et les remplace par une seule, soulignant l'élégance de ce raccourci.

Oscar lui ravit la craie, efface le tableau et , à la vitesse de l'éclair, réécrit une démonstration plus courte encore, déclarant : "ça, c'est la méthode de De la Vallée Poussin".

Il efface derechef, en écrit une autre de trois lignes s'écriant "Et ça, c'est celle de Dutronc, singulièrement élégante et rapide. Dommage que les élèves ne la comprennent pas!"

Ils manquent cruellement aujourd'hui, les mecs comme Oscar !

einstein


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05 juillet 2009

Grosse paresse

"À propos Walrus, j'aimerais bien connaître la plus précieuse de vos inventions (à vos yeux, bien sûr)".

Voilà ce que répondait Papistache à un commentaire que j'avais laissé sur son blog. Lequel commentaire disait : "Vous avez parfaitement raison : la paresse rend ingénieux. C'est elle qui, bien plus que tout le reste, fait progresser l'humanité."

Je dois bien avouer, en réponse à sa question, que je n'ai pas inventé grand-chose. Sans doute ne suis-je pas encore tout à fait assez paresseux. Une anecdote m'est néanmoins revenue en mémoire.

Lorsque mon épouse et moi-même avons convolé, nous n'avions pas encore, malgré cinq ans de fiançailles (et le fait que nous nous connaissions depuis toujours), réglé le délicat problème du "qui fait quoi" lors de la vaisselle. Je précise qu'à l'époque, les lave-vaisselle étaient rares et  absolument hors de prix. Et le fait de n'être que deux (ça n'a pas duré longtemps, seule l'irruption de la pilule contraceptive nous a sauvés de la famille nombreuse) ne prêchait pas en faveur d'un tel achat.

Il va sans dire que nous lorgnions tous deux le même rôle, celui de laver plutôt que d'essuyer. Nous avons donc fini par tirer au sort nos rôles respectifs. J'ai perdu.

Nous disposions à l'époque d'un évier double muni d'un plan incliné d'égouttage. J'ai donc acheté un égouttoir, si bien que mon épouse sortait la vaisselle du bac de rinçage rempli d'eau très chaude et la déposait sur l'égouttoir. Il ne me restait à essuyer que les grosses pièces, casseroles, plats et poêles.

C'est pas de la créativité ça ?

_gouttoir


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24 juin 2009

The day after

Quand, comme hier, après quelques journées maussades, surgit un jour resplendissant où éclatent toute la beauté et toute la richesse de la nature, invariablement me revient en mémoire le titre du premier chapitre d'un roman-feuilleton qui paraissait dans mon hebdo-jeunesse favori : "Le dernier beau jour de la terre".

C'était dans les années cinquante.

À l'époque, le futur absolu était l'an 2000. Avant de nous conter l'invasion de notre bonne vieille terre par des extra-terrestres, l'auteur nous décrivait notre planète dans la première année du siècle actuel. Ce ne devait pas être un très grand visionnaire, car de ce qu'il nous annonçait pour 2000, je n'ai rien vu advenir, sauf, bien plus rapidement d'ailleurs, les petits parapluies-cloches transparents (loué soit le PVC bourré de plastifiant).

Je trouve bien évidemment étrange d'associer un beau jour au fait qu'il puisse être le dernier mais que voulez-vous, c'est incontrôlable, une sorte de réflexe conditionné. Inquiétant donc, puisque je pense comme le chien de Pavlov bavait. À noter que Pavlov parlait de réflexe conditionnel et non pas conditionné.

Mais en réfléchissant à la question, ce n'est pas plus mal, finalement, d'avoir ce genre de pensée automatique qui m'incite à profiter pleinement du bonheur présent. Car si ce beau jour n'est sans doute pas le dernier de la terre, il pourrait très bien être le mien !

paracloche


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22 juin 2009

La Chaskañawi

Aujourd'hui, Émilie, notre petite-fille, termine ses examens.

Pour fêter cela, elle voudrait que nous l'emmenions au restaurant chinois — toujours ça de pris au cas où les résultats ne seraient pas à la hauteur de ses espérances à la réception du bulletin.

Nous allons, bien sûr, nous exécuter.

Accessoirement, elle ramène avec elle une condisciple que nous engloberons dans l'offre.

Il se trouve que cette enfant est la fille d'une amie de la nôtre. Et il me revient qu'à une époque, comme notre fille trouvait sa copine un brin anorexique, nous les avions déjà emmenées toutes deux à plusieurs reprises dans un restaurant, bolivien celui-là. Il s'appelait "La Chaskañawi" et était tenu par le mari d'une de nos anciennes cheftaines de troupe d'éclaireuses.

Le temps passe, les générations changent...

Cherchez l'erreur !

bonnet_bolivien


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04 mai 2009

Arthur est mort

Je vous entends venir : "Ouais, et Camelot est en ruines !"

Mais il ne s'agit pas de cet Arthur-là, ni d'ailleurs de celui qui sévit sur les chaînes françaises (dommage diront quelques langues de vipère).

Non, il s'agit d'un de mes premiers chefs, au labo. Un cas !

CordyIl était originaire du bas-Laeken, comme Annie Cordy (Leonia Cooreman) aujourd'hui baronne. Il avait sept ans de plus qu'elle, je vous laisse vous débrouiller avec son âge à son décès (pour son âge à sa naissance, je ne vous demande rien).

Il avait conservé le truculent accent local et appelait tout un chacun "fieu" ("fils" en brusseleir), sauf sa hiérarchie, bien entendu, on ne plaisantait pas avec les marques de respect à l'époque. Quand il vous parlait de vos propres collaborateurs, il disait "vos sbires".

Il aura bien résisté, lui qui blêmissait lorsqu'il tombait sur le journal (négligemment disposé à son intention sur le coin d'une paillasse) annonçant "Nat King Cole meurt à quarante-six ans !"

Dans ses labos, il y avait une ambiance folle. Surtout quand il n'était pas là. Chez nous, les labos portaient des numéros, si bien que quand on nous demandait où nous travaillions, nous répondions "au Stalag 12". Quand un nouveau débarquait (c'était fréquent dans ces Golden Sixties) et qu'il sortait, gonflé à bloc, du bureau vitré d'Arthur, nous lui serrions la pince, l'air contrit, en murmurant "condoléances".

Les quelques années que j'ai vécues sous ses ordres ont quand-même été parmi les plus joyeuses toute de mon existence. C'est qu'à l'époque, voyez-vous, nous étions jeunes (pour certains), nous étions fous (pour tous), ça aide.

Parmi les innombrables anecdotes que son décès m'a remises en mémoire j'en ai sélectionné une, bien gentille :

Un jour notre ami Jean (celui dont je prétends régulièrement qu'il est le père de mon fils, mais ceci est une autre histoire) se paie une hépatite.

Au bout d'une quinzaine de jours, le chef se fend d'une visite à son domicile, question de  voir si ça va encore durer longtemps, imaginons-nous.

Il se pointe, sourire aux lèvres, salue femme et enfants (lesquels trouvent le gaillard charmant, "Mais qu'est-ce que tu nous racontes ? Il es très gentil ton chef !") et pérore à qui mieux mieux pendant quelque temps, buvant force café et dévorant moult biscuits (gâteaux pour les Frenchies).

Sur le point de sortir, il avise un bocal muni de son poisson rouge et déclare aux enfants : " Il est marrant votre poisson, il a un nom ?".

Le chœur des gosses : "Arthur !"


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22 avril 2009

Cool, ma poule !

Dans un de ses récents commentaires, Papistache s'inquiétait de savoir si j'avais vidé la poule avant de la cuire. Cette question badine, associée au fait que, dans ce restaurant aux allures suisses que je mentionnais en fin de mon dernier billet, le Chef (chez moi, les Cons ont droit à la majuscule) se soit adressé à mon épouse en l'appelant "ma poule", m'a fait souvenir d'un épisode de mes aventures juvéniles.

Un jour, alors que j'étais chef d'équipe des aspirants dans mon clan, le chef de troupe des éclaireurs me demande de venir assurer l'intendance de son camp.

Cela se passait à Dourbes, dans l'entre Sambre et Meuse. Beaucoup plus près de la Meuse que de la Sambre d'ailleurs.

Le staff de troupe décide d'organiser un concours de cuisine. Il s'agissait pour chaque patrouille de réaliser un repas à partir d'une même série d'ingrédients. Parmi ceux-ci : une poule.

Un assistant et moi dégotons donc une ferme à Nismes et en ramenons chacun deux poules dans un carton solidement ficelé sur le porte-bagages de nos vélos.

Pour corser les histoires, les chefs décident de procéder comme suit : à une des pattes de chacune des poules, on attache une ficelle d'environ deux mètres avec à son extrémité une étiquette portant le nom d'une des patrouilles. À charge pour ces dernières de capturer leur poule et de la trucider.

Ils avaient sans doute imaginé je ne sais quel match poursuite à travers le terrain de camp, mais ils en ont été pour leurs frais. Au coup de sifflet, les poules disposées au centre du cercle formé par les éclaireurs, n'ont pas bronché d'une plume. Les gaillards se sont rués sur elles, se les sont échangées pour récupérer chacun la leur, au grand désespoir des chefs.

C'est alors que ça s'est corsé !

Personne ne voulait les tuer. C'est moi qui ai dû officier. Sur un camp scout, ce n'est pas le matériel qui manque : haches, billots, tout est à disposition. D'autre part, à l'époque, je ne m'étais pas encore, chère Teb, transformé en citadin. Chez moi, on élevait les lapins pour les boulotter, pas pour les regarder creuser, comme mon beau-fils.

D'autre part, une poule, c'est facile à tuer : vous la saisissez par les pattes, vous la posez sur le billot, elle tend le cou toute seule et... ce n'est que quand vous la lâchez qu'elle se met à courir, décapitée.

Tant qu'il s'est agi de plumer les bestioles, ça s'est encore bien passé. C'est quand il a fallu les vider que c'est devenu intéressant !

Il y en a qui les secouaient au-dessus de la fosse à déchets, sans même les ouvrir en espérant que ça se vide tout seul. Quand je leur ai eu (rôle d'intendant oblige) expliqué qu'il fallait leur ouvrir le ventre pour pouvoir le faire, j'ai assisté à une scène des plus intéressantes : un des éclaireurs tenait le cadavre à bout de bras en détournant la tête, tandis que l'autre, fourrageait de sa main droite dans la carcasse. À l'aveuglette, puisqu'il avait le bras droit derrière lui tandis qu'il se bouchait le nez de la main gauche, le corps complètement détourné de l'opération en cours.

C'est, bien évidemment moi qui ai dû m'assurer que tout avait été correctement nettoyé et rincé avant de donner le feu vert à la suite des opérations.

Je ne me rappelle plus du goût de la poule, par contre je sais que mon frère puîné avait voulu faire une sauce blanche mais avait oublié de la cuire, c'était légèrement farineux !

poules_herbe


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08 mars 2009

Portes ouvertes

Un beau jour, le Directeur du Centre de Recherche décide d'organiser des journées "Portes Ouvertes" pour les familles des membres du personnel. On sélectionne soigneusement les endroits à rendre accessibles. Immanquablement, quelques techniques d'analyse sont élues pour leur côté "spectaculaire".

Cela se passe bien entendu le weekend et je suis désigné "volontaire" pour faire les honneurs de mon labo de microscopie optique aux groupes de visiteurs.

Ce qu'il y a de bien avec les techniques modernes, c'est que les caméras digitales vous permettent d'afficher les images sur un moniteur et d'éviter le défilé fastidieux des spectateurs venant se pencher sur les oculaires pour tenter d'apercevoir quelque chose (et déréglant en passant la mise au point, c'est dingue ce que les gens sont sensibles à l'attrait des boutons de réglage moletés).

Le côté didactique de la chose n'était pas très dérangeant. Des sessions d'initiation aux techniques d'examen étant régulièrement organisées pour le personnel ou des visiteurs étrangers (clients, étudiants, etc), nous disposions d'un matériel de démonstration bien au point : affiches murales, échantillons etc.

Pour expliquer les examens en lumière polarisée, nous avions un montage de deux films polarisants d'une trentaine de centimètres de diamètre et distants d'une vingtaine. Le film avant avait une monture permettant de le faire tourner et l'ensemble était rétroéclairé au moyen d'un bac à lumière.

Un filtre polarisant ne laisse passer que la lumière vibrant dans un seul plan. Si bien que si vous en collez deux à la suite l'un de l'autre dont les plans de polarisation sont perpendiculaires, plus aucune lumière ne passe. Vous pouvez constater cela en jouant avec deux paires de lunettes solaires "Polaroïd".

Si vous introduisez entre eux un objet transparent où la mise en œuvre a induit des tensions, ces zones de tension font elles aussi tourner le plan de la lumière et vous obtenez des images irisées du plus bel effet.

J'utilisais pour cette démonstration un de ces raviers à fruits thermoformés que nous connaissons tous. Et l'on pouvait voir très nettement au sein de l'image irisée les quatre ronds noirs correspondant aux trous présents au fond de ces raviers.

Je demandais alors au public la raison de la présence de ces orifices mystérieux. Et devant leur silence, leur déclarais qu'il ne servaient pas à évacuer le jus résultant de la dégradation des fruits consécutive à leur abandon plus ou moins prolongé au sein du frigidaire, antichambre de la poubelle comme chacun sait, mais simplement à éviter l'emprisonnement de l'air entre deux raviers lors de leur empilement à la sortie de la machine servant à leur fabrication.

L'évocation de ce jus suspect faisait naître sur le visage des enfants de merveilleuses grimaces de dégoût. Il y en a même qui se tâtaient les doigts, comme si ça collait ! Preuve du bien fondé de mon hypothèse.

Et j'en viens aux enfants : leur faculté d'émerveillement est sans limite. L'ennui, c'est que leur dynamisme l'est aussi. Si, déjà avec les "grands" il faut veiller au grain (le matériel scientifique ne résiste pas à tout), avec les enfants, particulièrement ceux ayant bénéficié des méthodes d'éducation modernes, y a de quoi faire ! J'en ai rattrapé un d'environ trois ans qui se hissait sur un tabouret à la force du poignet, les mains solidement agrippées aux oculaires d'un des microscopes de laboratoire.

Est-ce que les Directeurs ont des enfants ?

Microscope


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