20 janvier 2020

Bizarreries de la mémoire


Dans son dernier billet l'Adrienne nous offre, comme à l'accoutumée, une chute inattendue.

J'ai donc vu la photo de l'œuvre de Hopper, la main gauche gantée et l'explication qu'en donne l'auteure du billet.

Ce n'est qu'en lisant le commentaire suivant :

ah non, c’est le but 🙂
(sa main gantée m’a tout de suite donné cette idée)

que ça m'est revenu !

Quand j'habitais encore Montignies-sur-Sambre, mon père travaillait dans une société du groupe Empain. Le bâtiment qui jouxtait notre maison était occupé par une infirmerie (je crois qu'on disait "dispensaire" à l'époque) tenue par deux personnes à la fois infirmières et assistantes sociales me semble-t-il.

L'une était une splendide femme aux cheveux blonds coiffés comme ceux de Miss Holmes, vous savez, dans  les aventures de Buck Danny.

holmes

 

L'autre, la responsable de leur cellule, était maigre, un peu "rigide" aussi, et avait un bras dont la main était toujours gantée. Là aussi, le gant cachait une prothèse. Avec les techniques d'aujourd'hui, elle serait sans doute articulée et mobile, mais nous étions à la sortie de la deuxième guerre mondiale.

J'étais bien trop jeune à l'époque pour m'inquiéter de l'origine de la chose (et pour tout dire, elle me faisait un peu peur).

Ce qui m'étonne dans tout cela, c'est le temps que ce souvenir a mis pour jaillir de ma mémoire ; il a fallu que l'Adrienne spécifie qu'elle avait fait le lien tout de suite pour que le déclic se fasse.

Oui, c'est bizarre la mémoire...


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11 janvier 2020

Immigré


Chez ma fille, l'autre jour, on parlait de lapins et ça m'a rappelé mon père qui, au temps de ma jeunesse, en élevait quelques uns, les tuait, les saignait en leur enlevant un œil, les dépiautait, etc...

Dans la foulée, je me suis souvenu d'un jour où pour soigner le "doigt blanc" que je devais à mon onychophagie, il était sorti dans le jardin, en était revenu avec une petite feuille de poireau, en avait enlevé les couches "épidermiques" (il avait un petit canif à manche en corne dont la lame affûtée sur une pierre à l'huile coupait comme un rasoir) et l'avait enroulée autour de mon doigt comme pansement.

D'où tenait-il ces savoir-faire, lui qui, natif d'Hoboken, patelin industriel s'il en est, avait immigré en Wallonie en compagnie de sa mère veuve de guerre ?

Trop tard pour le lui demander ! Mais il semble qu'à cette époque la majorité des gens connaissaient un tas de pratiques entre le jardinage, la taille des fruitiers, le petit élevage, le ressemelage des chaussures, la réparation des bicyclettes, le rafistolage des chaises à la colle d'os, j'en passe et de meilleures.

Quand je pense qu'aujourd'hui, ajouter un cran supplémentaire à une ceinture semble un problème insoluble pour certains...

Tout ça pour vous dire que je suis un fils d'immigré, mais qu'étonnamment, mon père n'a pas jugé bon de m'enseigner la langue de sa région d'origine (je connais des immigrés italiens de quatrième génération qui continuent de parler leur idiome). Remarquez que ma mère ne m'a pas non plus appris le liégeois.

Tout ça m'a valu des réunions de famille où la génération précédente (sauf ma mère) discutait en flamand et où par conséquent je n'entravais que dalle ! Ce qui me revient aujourd'hui, c'est qu'ils utilisaient tous à profusion la même expression : "Ik zeg dat". Eh bien moi,"Je dis que" je trouvais ça très bizarre !


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01 décembre 2019

Roule, ma poule !


Première sortie en voiture ce matin en quête de viennoiseries.

Pendant que nous les mangeons, le smartphone de mon épouse émet sa mélodie annonçant un appel en direct (il émet aussi de temps à autres d'autres mélodies dont, pour certaines, nous ignorons la raison).

Louise appelle parce qu'elle a raté le tram prévu, que le suivant arrivera dans douze minutes et elle se demande si elle arrivera à l'heure au boulot (c'est la semaine où elle travaille le week end).

Elle appelle chez nous parce que si elle appelle sa mère, elle va se faire engueuler dit-elle.

Logiquement, un dimanche, elle ne devrait pas avoir de  problème pour être à l'heure malgré son retard mais mon épouse lui dit de prendre le tram suivant et d'attendre à l'arrêt où elle passe du tram au bus et que j'irai  l'y cueillir en voiture.

Dans notre voiture la radio est pourvue de six chaînes préprogrammées :

  1. Musique 3
  2. Klara
  3. La première
  4. Vivacité
  5. Classic 21
  6. Nostalgie

Les trois premières sont celles que mon épouse et moi écoutons selon les circonstances, la cinquième est celle d'Émile, la sixième celle de Louise et personne n'écoute jamais la quatrième.

Je branche donc la chaîne ad hoc, vais récupérer son auditrice à l'arrêt du bus et la dépose chez les Pilifs.

Sur le chemin du retour, j'ai droit à mon contemporain, le Fugain des années septante quand il portait encore des bottes, il chante "Fais comme l'oiseau". Ça ne nous rajeunit pas mais c'est sympathique et même actuel (sauf qu'il n'y a plus d'oiseaux).

Au moment où je pénètre dans le garage, c'est Antoine qui nous balance ses "Élucubrations".

En quittant la voiture je me rappelle le passage :

"On verra Marc Aryan dans les couloirs du métro,
Et Johnny Halliday en cage à Médrano"

... le passage et la colère de l'ineffable Johnny qui s'est fendu d'une petite guéguerre musicale avec l'auteur de cette charmante boutade.

Pauvre Johnny, quel manque d'humour total, quelle absence d'autodérision !

Tu t'étonnes que les Belges lui aient refusé sa naturalisation (belge, c'est mieux que français, rapport à Monaco...)


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18 novembre 2019

Alauda


Ma mère chantait, si mon souvenir est exact, "L'alouette, ma belle, dit dans son chant joli, lireli lireli, lireli lireli..." et, bien sûr, j'ai oublié la suite et je ne l'ai pas retouvée sur le net.

alouette-des-champs

On a écrit beaucoup de chansons qui parlent d'alouette :

  • celle où on lui plume les pattes (pas besoin de vous la faire entendre)
  • celle où l' on veille et dort au son de son chant
  • celle où on l'appelle "aloette"
  • celle où Gilles Dreu nous évoque Madeleine (juste pour que je n'oublie pas Marcel)
  • celle de la comédie musicale "Roméo et Juliette" (je vous en fais grâce)

Elle apparaît aussi dans le fameux "miroir aux alouettes", instrument suranné s'il en est, vu que des alouettes, je crains qu'il n'en reste guère pour en faire le célèbre pâté d'.

Vous vous rappelez la dernière alouette que vous avez vu partir à l'assaut du ciel, vous ? C'était quand ?

Si, si, moi, je peux répondre à cette bête question : c'était le 15 mai 2014 vers dix-sept heures à Dunwich dans le Suffolk.

Dunwich007

Comment ? Vous ne la voyez pas ? Je vous montre l'endroit, j'ai même pas essayé de la photographier au comble de son ascension : j'ai pas d'objectif à miroir sur mon appareil photo !

Mais je dois bien avouer que l'occurrence précédente semble remonter à la nuit des temps, ou tout du moins à l'aube de mon existence. C'était dans les champs près de la briqueterie à Ville-sur-Haine à une époque où on labourait encore avec un cheval et où dans le champ en face de chez ma grand-mère, on fauchait encore le froment à la faux.

Remarquez que mon animal totem qui perd ses  plumes au fil de la chanson, on n'en voit plus non plus ! Oui, je sais, je l'ai déjà dit...


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17 novembre 2019

Ah, la Volga !


En attendant l'heure du match de rugby (ben oui, contrairement au foot, j'aime bien le rugby), je regardais une réémission d'une séquence de "Des Racines et des Ailes". Ça se passait sur une rivière canalisée du Morbihan et, à un moment, on voyait une sorte de péniche hollandaise (plus précisément un skûtsje) tractée par un cheval.

skutje

Et c'est là que ça m'est revenu.

Quand j'habitais Ville-sur-Haine, j'étais riverain du Canal du Centre. La majorité des péniches y naviguant à l'époque étaient pourvues de moteur, mais il en subsistait quelques unes qui n'en avaient pas et elles étaient alors halées par un petit tracteur (vert dans mon souvenir). De plus rares encore l'étaient par un cheval de trait, comme dans cette enquête de Maigret "Le Charretier de la Providence".

Une seule fois, c'est vous dire si je suis vieux, à mon grand étonnement, j'en ai croisé une, en bois et de dimensions plus modestes, halée... par une femme ! Tellement penchée vers l'avant dans son harnais, la pauvre, que je craignais de la voir s'effondrer. Elle n'avait pas l'air à la fête, je vous prie de me croire!

Le batelier, lui, manœuvrait le gouvernail en barre franche (donc en prise directe, sans roue de barre).

Comment ?

Non, il ne m'a pas semblé qu'il portait un fouet...


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11 novembre 2019

Mais qui se souvient d'André Verschueren ?

 
Ben moi ! Mais c'est pas de ma faute, je le jure, c'est à cause de Souchon qui sévissait ce matin sur mon réveil-radio DAB+ (faut vivre avec son temps, pas comme Alain qui voudrait retrouver une âme fifties !).

Il a toujours été comme ça, Alain, accordéon, bagadou et flonflons à la fraise...

Donc, un petit coup d'André ? C'est lui qui l'a voulu, il avait qu'à pas !

Non, non, ne me remerciez ps !

(Et si ça vous chante, j'ai quelques Yvette Horner)


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07 novembre 2019

Vocation (bis)


Les choses sont bizarres parfois...

Je croyais que mon rêve de devenir chimiste remontait à mes premiers cours en cette matière ou à mes expériences explosives avec mon copain André, mais un fait m'est revenu en mémoire en cherchant tout autre chose...

La nuit dernière, couché sur le dos et donc éveillé (quand je dors, je suis sur le côté... gauche), je contemplais le trait de lumière qui rayait le plafond. Il était parfaitement immobile car il provenait de l'éclairage du parking à l'arrière de l'immeuble. Et, subitement, il me revint des images d'un trait de lumière qui se déplaçait à travers la chambre parce qu'il était produit par des voitures passant dans la rue.

Mais bien que l'image ait été précise, je ne suis pas parvenu à la situer. Alors j'ai commencé à tenter de me rappeler toutes les chambres que j'ai fréquentées. En vain, bien entendu. Mais en essayant de me remémorer celle de mon enfance à la rue Bois Monceu à Montignies-sur-Sambre, je suis tombé sur autre chose : si je ne me rappelais pas de la disposition des lieux et si la rareté des voitures à l'époque où j'y habitais rendait peu probable que le phénomène s'y soit produit, je me suis subitement souvenu d'un petit bocal où j'avais enfermé des fragments de trognon de chou ce qui au bout d'un temps avait produit lorsqu'on l'ouvrait un parfum "intéressant".

J'aurais peut-être pas dû le faire humer à ma mère, elle devait avoir quelque chose contre les produits organiques soufrés parce qu'elle a  jeté le truc à la poubelle en maudissant les gosses et leurs idées stupides.

Est-il possible que déjà à l'époque les mercaptans aient exercé leur emprise sur moi ?


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07 octobre 2019

Chanson du jour


Vous vous rappelez que chaque matin, je prépare le petit-déjeuner en fredonnant un air dont j'ai souvent bien du mal à comprendre d'où il a bien pu me revenir, particulièrement si ce n'est pas de mon radio-réveil.

Aujourd'hui, il s'agissait d'une mélodie sans intérêt qu'au vu de son rythme je dirais sortie d'une comédie musicale américaine et dont je suis bien incapable de vous donner les références.

Hier, par contre, c'était une chanson de Gilles Dreu qui tournait en boucle dans mon esprit et sur mes lèvres, vous savez bien :

Ma mère me disait si mes cheveux sont blancs,
Si sur mon front on peut compter les ans,
Tu m'as donné ces rides mon enfant...

Et je me rappelle que ma mère nous faisait parfois ce genre de reproche à mes fréres et à moi.

Surtout à mes frères d'ailleurs parce que moi, j'ai toujours été un enfant charmant, obéissant et tout et tout !

Si, si, une petite démonstration :

Tout jeune, j'accompagne me mère chez l'épicier du coin (voyez point 8). Nous croisons une amie de ma mère (même qu'elle s'appelait Roberta ! L'amie, pas ma mère, ma mère s'appelait Adrienne. Oui, comme notre amie, L'Adrienne).

— Dis bonjour, Walrus !
— Bonjour !
— Bonjour qui ? Bonjour mon chien ?
— Bonjour mon chien !

Qu'est-ce que je vous disais !

Mais revenons à la chanson.

Qu'est-ce que c'est que ces mères qui attribuent à leurs enfants leur vieillissement précoce, enfants qu'elles ont pour la plupart voulus et même, pour certaines, ardemment désirés ?

Pourquoi diable se plaindre quand on trouve ce qu'on a cherché ? Tout ça sous prétexte qu'elles vous ont donné la vie. Tu parles d'un cadeau ! Un truc tellement pourri que tu peux même pas le revendre sur Internet ! On sait comment ça finit c'te putain de vie.

Elles voudraient quand même pas qu'on leur fasse la fête en plus !

(Ouais, celle-là j'aurais dû vous la faire en mai,  mais bon, c'est hier que la chanson m'est passée par la tête)


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17 août 2019

Ferry (non, pas Luc, Calais-Dover)


Louise est en route pour l'Angleterre. Son parrain et l'épouse de ce dernier (ma "deuxième fille" donc) ont décidé de l'emmener voir une expo et les studios de tournage des Harry Potter.

Ma fille (la vraie) devait déposer Louise pour vingt heures, hier, à leur adresse.

Comme avec son style de gestion personnelle de son agenda, elle avait oublié qu'à cette heure-là elle serait au théâtre, c'est moi qui ai dû récupérer Louise à son boulot, l'amener chez nous se changer et la conduire en compagnie de sa valoche à l'autre bout de la ville.

Dès qu'elle a embarqué dans la voiture au sortir de son travail, elle s'est immédiatement indignée : "Il n'y a que deux morceaux de Branduardi sur Spotify !".

J'ai immédiatement rectifié : "Tu n'as trouvé que deux morceaux de Branduardi sur Spotify !". Mais apparemment, la question n'était pas là...

Elle voulait savoir si je possédais toujours les CD d'Angelo que j'avais copiés sur son I-pod "à l'époque" comme elle dit. La vie de ma petite-fille semble compartimentée en époques liées à l'évolution de la technologie ou des séries télévisées.

Et son intention était de les écouter dans ma voiture pendant que je la conduisais chez son parrain.

Branduardi ! Qu'est-ce qu'une gamine de son âge branchée  Maître  Gims, Sliman ou d'autres bien pires encore, peut bien avoir à faire de l'Angelo !

Mais elle est comme ça et ça m'a pris moins de temps de retrouver le CD Best of de Branduardi parmi les neuf classeurs (sans classement) contenant les centaines et centaines de CD accumulés depuis l'abandon des cassettes audios, que de lui expliquer qu'il y en avait certainement d'autres sur spotify.

Je me suis contenté de lui dire que je me rappelais parfaitement mon premier Branduardi et de la libellule figurant sur le couvercle de la cassette "de l'époque", d'emporter le CD et d'en écouter quelques plages à fond les manettes pendant le trajet vers Woluwé-Saint-Pierre.

C'était pas si mal, finalement Branduardi (même que j'ai écouté la suite sur le chemin du retour). Faudrait peut-être que je rouvre ces classeurs de CD, j'y trouverais peut être quelque chose d'intéressant. Je parie qu'il y en a même l'un ou l'autre que j'ai acheté et que je n'ai jamais écouté...


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15 août 2019

Aloïs


L'autre jour, mon neveu (putatif) Joe, nous resservait une de ses plaisanteries récurrentes : que l'une des rares choses dont il se souvienne, c'est du prénom d'Alzheimer.

Un peu plus tard, tandis que j'emmène le chien vers sa destination favorite, la radio diffuse une version du Stabat Mater de Pergolèse.

Les première paroles de la chose sont "stabat mater dolorosa" (la suite est plus confuse, voir plus loin).

Je m'avise alors que je n'ai jamais eu la curiosité de les traduire en français. Je m'y colle donc immédiatement : stabat au vu de sa terminaison doit être un verbe à la troisième personne du singulier de l'imparfait de l'indicatif. Cela doit donc signifier que quelqu'un était debout, la racine "sta" est assez universelle, même mes compatriotes néérlandophones disent "staan" pour être debout. La suite doit donc être le sujet qui se tient debout agrémenté de son état douloureux, suffit de vérifier que ces termes partagent bien le cas du...

Et c'est là que ça a coincé !

Je me rappelais parfaitement du vocatif, de l'accusatif, du génitif, du datif et de l'ablatif, mais le nominatif, il m'a fallu une grosse minute de trituration de méninges pour le ramener du fond de mon passé. C'est là que je me suis souvenu de mon neveu et de sa plaisanterie.

C'est là également que je me suis rappelé qu'à l'occasion de l'audition, toujours en voiture sur le chemin que nous savons, d'un autre chef d'œuvre de la polyphonie : la messe du pape Marcel (si si, comme je vous le dis, ce Marcel me poursuit partout) de Giovanni da Palestrina, je m'étais fait la réflexion suivante : "Il faudra un jour que je ponde un billet où je me demande si la polyphonie n'utilise pas l'enchevêtrement des voix pour occulter définitivement les paroles au profit de la musique pure".

Ben voilà, c'est fait !


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