L'autre jour, mon neveu (putatif) Joe, nous resservait une de ses plaisanteries récurrentes : que l'une des rares choses dont il se souvienne, c'est du prénom d'Alzheimer.

Un peu plus tard, tandis que j'emmène le chien vers sa destination favorite, la radio diffuse une version du Stabat Mater de Pergolèse.

Les première paroles de la chose sont "stabat mater dolorosa" (la suite est plus confuse, voir plus loin).

Je m'avise alors que je n'ai jamais eu la curiosité de les traduire en français. Je m'y colle donc immédiatement : stabat au vu de sa terminaison doit être un verbe à la troisième personne du singulier de l'imparfait de l'indicatif. Cela doit donc signifier que quelqu'un était debout, la racine "sta" est assez universelle, même mes compatriotes néérlandophones disent "staan" pour être debout. La suite doit donc être le sujet qui se tient debout agrémenté de son état douloureux, suffit de vérifier que ces termes partagent bien le cas du...

Et c'est là que ça a coincé !

Je me rappelais parfaitement du vocatif, de l'accusatif, du génitif, du datif et de l'ablatif, mais le nominatif, il m'a fallu une grosse minute de trituration de méninges pour le ramener du fond de mon passé. C'est là que je me suis souvenu de mon neveu et de sa plaisanterie.

C'est là également que je me suis rappelé qu'à l'occasion de l'audition, toujours en voiture sur le chemin que nous savons, d'un autre chef d'œuvre de la polyphonie : la messe du pape Marcel (si si, comme je vous le dis, ce Marcel me poursuit partout) de Giovanni da Palestrina, je m'étais fait la réflexion suivante : "Il faudra un jour que je ponde un billet où je me demande si la polyphonie n'utilise pas l'enchevêtrement des voix pour occulter définitivement les paroles au profit de la musique pure".

Ben voilà, c'est fait !