Idée lumineuse
Un beau jour, je reçois pour ma Saint-Nicolas un des premiers exemplaires de "L'œil magique". Un truc dont on ne voudrait plus aujourd'hui, du moins dans cette version primitive, mais qui pour ces années cinquante faisait figure de jouet à la pointe de la technologie.
Il s'agissait d'un fond de carton sur lequel étaient disséminés de petits plots métalliques. Du boîtier cartonné contenant le fameux oeil (une vulgaire ampoule électrique comme on en utilisait pour l'éclairage des bicyclettes) sortaient deux fils terminés par une fiche mâle.
Une série de cartons illustrés et perforés à l'endroit des plots était fournie avec le jeu. Il suffisait d'en disposer un dans le fond de la boîte pour disposer d'une série de questions et... de réponses. Si au moyen des fiches vous touchiez le plot d'une question d'une part et celui de sa réponse de l'autre, miracle, la loupiote s'allumait.
Les plots des questions étaient disposés en colonnes régulières, ceux des réponses semblaient l'être de façon aléatoire, sauf quand vous mettiez en place le carton comportant une carte de Belgique où leur position correspondait à l'emplacement des villes et rivières principales du pays.
L'ayant étrenné, je demandai à pouvoir l'emporter à l'école le lendemain pour le montrer à l'instituteur.
Je pensais l'étonner, il n'en fut rien. Lorsque je lui montrai la chose, il déclara simplement : "Astucieux !"
Je rentrai donc chez moi en proie à une profonde déception.
De retour à l'école, le lendemain, stupéfaction : sur le bureau du maître, des mètres et des mètres de fil de sonnerie (à l'époque ce fil était isolé par une gaine en fil de coton), quelques piles (il n'y en avait alors que des plates), quelques petits sockets en bakélite munis de leur ampoule et des boîtes d'attaches parisiennes. Pour le reste du matériel, carton Lyon et papier grand format, il y avait du stock sur place.
Les enfants, nous dit-il, votre condisciple a eu la bonne idée de nous montrer un merveilleux jouet didactique. Je vous propose d'en découvrir le principe et, tant qu'à faire, d'en réaliser quelques exemplaires qui nous seront bien utiles.
Ça nous a pris quelques jours pour coller le papier sur le carton, clouer le carton sur un cadre en bois, reporter sur le papier la carte de Belgique figurant sur celle en toile cirée destinée à être suspendue devant la classe, établir la liste des données, perforer les panneaux aux endroits ad hoc, passer les attaches dans les trous, relier entre elles au moyen du fil celles qui se correspondaient.
Si bien qu'à la fin de l'année, nous avons pu passer notre épreuve de géographie sur mon bête jeu version maxi. Nous avions fabriqué nous-même les instruments de notre supplice !
VDM, comme dit l'autre...



