16 avril 2008
Clic !
Tandis que Val s'inquiète du choix de son alliance, j'enlevais celle de mon épouse de deux coups de pince coupante. L'opération, dont nous nous faisions un monde depuis des mois, n'a pris que quelques secondes. Elle avait été rendue nécessaire par le gonflement des articulations et de douloureuses mycoses à répétition.
Ma moitié était toute remuée de voir rompu cet anneau qu'elle portait depuis quarante-trois ans. Mon alliance à moi dormait dans le tiroir de ma table de nuit depuis qu'une infirmière me l'avait enlevée avant je ne sais quelle intervention chirurgicale. Je n'ai pas trop eu le temps de voir. Elle avait un truc à base de savon et de ficelle qui m'a laissé pantois.
Cela m'a fait souvenir de l'étrange sensation que m'avait procurée ce doigt subitement libéré.
Bref, nous voici tous deux vierges de ce symbole d'union. J'ai beau lui répéter que le symbole n'est pas l'objet qu'il évoque, cela ne la soulage guère. Je crains qu'elle sache que lorsqu'on met à bas la statue du Prince, celui-ci est dans ses petits souliers (ou sa grande fureur, c'est question de tempérament).
La seule chose qui la console un peu, c'est qu'elle porte toujours sa bague de fiançailles. Elle a bien raison, que peut-il y avoir de mieux qu'une promesse d'avenir ?
Commentaires
Tout un symbole cette alliance! Moi je ne sais plus enlever la mienne et ça m'angoisse car je veux rester libre de pouvoir être libre un jour.Mais je vois qu'il suffit d'une pince coupante, ouf, je ne m'acharne plus alors!
J'aime beaucoup ce billet, Walrus. Qu'il est tendre...
Quarante-trois ans? Que c'est beau... ça me laisse rêveuse...
Si j'étais Walrus, je ferais la surprise à mon épouse de lui en offrir une autre, d'alliance...
J'aime plus que tout votre dernière phrase.
Et comment auriez-vous réagi si votre moitié s'était moquée du tiers comme du quart de l'opération infligée à l'objet ?
Un mot, dans votre question, cher Papistache, me souffle ma réponse : objet.
Je ne me serais pas arrêté à la destruction nécessaire d'un objet, fût-il en or. Je vis sans mon alliance depuis quelques années sans que cela modifie ni mon comportement ni mes sentiments. C'est l'émoi de mon épouse devant la bris du symbole qui m'a touché et que je raconte donc.
Si elle ne m'avait pas fait part de son trouble, je n'aurais évidemment rien écrit.
Pour être tout-à-fait franc et complet, pratiquant la gamine depuis soixante-six ans, j'ai appris à deviner ses moindres pensées et j'aurais été sidéré de la voir sans réaction, simplement parce que, contrairement à moi, je sais l'importance qu'elle attache à ce genre d'événement.
En un mot, votre question est sans objet : il était simplement impossible que mon épouse ait été sans réaction dans ces circonstances.
Et je suis prêt à parier des dollars contre des biscuits qu'il en serait de même pour une certaine épouse-au-doigt-cerclé-d'or que je n'ai hélas pas le bonheur de connaître.
Il est vrai qu'au cours du dollar, je ne risque pas grand-chose !
Zut !
On ne se relit jamais assez; j'ai remplacé destruction par bris... et j'ai oublié de modifier l'article adjacent.
Effectivement quel étrange symbole que cette alliance !... Un avenir promis à celui ou celle qui l'offre... Je préfère les promesses d'avenir...
C'est un très beau billet.
Ah j'aurais une réaction, c'est sûr mais peut-être pas exactement la même que votre épouse car la vie ne m'est pas clémente. Mais je veux bien quelques biscuits quand même ( ceux au goût café avec du sucre glace au dessus!)
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